Carlos militant

La moralisation du travail ou comment éviter de poser les bonnes questions

Posté par carlosmilitant le 5 février 2010

Parler de la détérioration du marché du travail en 2010 revient à énoncer la plus prévisible des lapalissades. Les pertes d’emplois générées par la crise actuelle du capitalisme financier défrayent constamment la chronique. Si l’indignation est largement partagée, force est de constater qu’une ébauche de solution suscitant un haut degré d’adhésion ne semble pas facilement se dessiner.

Le sort fait à la proposition de la FGTB d’envisager une semaine des quatre jours avec embauche compensatoire a de quoi laisser perplexe. L’organisation syndicale avait mis en avant, dans le soir du 7 janvier dernier, divers éléments constitutifs de ce que devrait être un plan de relance ambitieux. La semaine de quatre jours figurait parmi les pistes que la FGTB souhaitait que le Gouvernement explore. Le dimanche midi suivant sur les plateaux de l’émission « Mise au point », de doctes savants de l’économie ont descendu en flèche cette proposition du syndicat socialiste devant le regard amusé voire complice du directeur général de la FEB. Ce qui est affligeant lorsque l’on veut débattre de cette question c’est que la véhémence des critiques est inversement proportionnelle à l’étaiement de leur argumentaire. Dans le chef de ceux qui s’opposent à toute forme de réduction du temps de travail, le débat se résume souvent à assener de manière sentencieuse un « ça ne marche pas » ponctué quasi immédiatement d’un « la preuve en est les 35 heures en France ». Ainsi, une expérience ponctuelle de mise en place dans un contexte spécifique d’une certaine forme de réduction du travail suffirait à discréditer à jamais toute velléité de se réapproprier cette question. D’autant qu’à ce jour, aucune évaluation sérieuse n’a été menée à bien sur le nombre exact d’emplois créés par les 35 heures chez nos voisins d’outre Quiévrain. Un débat objectivé et dépassionné sur cette thématique ferait-il peur?

D’aucuns semblent d’ailleurs avoir opté pour lancer un contre-feu comme pour évacuer le (gênant?) débat. Comment expliquer autrement l’emballement médiatique autour de l’ouverture faite par Elio Di Rupo dans l’édition du Soir des 9 et 10 janvier à la mise en place d’un moratoire sur les exclusions des chômeurs ? Il est clairement plus facile d’amener le débat sur la lutte contre le chômage dans un registre moral que d’évaluer sérieusement les alternatives aux politiques actuelles en matière d’emploi. L’attachement de certains à cette machine à exclure qu’est aujourd’hui le plan d’activation des chômeurs est plus que perceptible. Beaucoup de choses ont été écrites sur la chasse aux chômeurs mais rarement avec autant de justesse que dans un article du sociologue Mateo Alaluf paru dans le n°34 de la revue Politique en avril 2004 soit peu après la mise en place par le Gouvernement de mesures visant à activer le comportement de recherche d’emploi des chômeurs : « Aujourd’hui, le ministre justifie la nécessité du contrôle des chômeurs en raison d’un système de protection sociale qui permet à des pauvres peu méritants de bénéficier indûment d’un système de redistribution alors que tant de salariés subissent des conditions de travail pénibles et que d’autres perdent leur emploi. La perception d’une indemnité devrait en conséquence s’accompagner, en toute équité, d’une contrepartie de la part de chaque bénéficiaire. Cette obsession morale, qui prime toute réflexion rationnelle, justifiera les politiques actives fondées sur la responsabilisation et la culpabilisation des individus. Les rapports contractuels, régissant « l’intégration » des pauvres comme l’accompagnement des chômeurs, se substituent ainsi aux anciens droits, stigmatisés comme autant de sources d’abus et de passivité.

Il faut croire que devant l’opinion publique composée majoritairement (pour combien de temps encore ?) de travailleurs il est plus commode de tenir un discours moralisateur sur ces chômeurs qui doivent faire des efforts que de mener de front un débat remettant en question les idées reçues en matière d’organisation du travail. La solution de facilité consiste donc à culpabiliser les chômeurs du manque d’emplois disponibles plutôt que de prendre des dispositions pour en créer. C’est à se demander si tout le monde a vraiment intérêt à ce que des mesures volontaristes soient prises pour (re)créer de l’emploi!

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La stratégie du pourrissement ou l’actualisation de la doctrine Monroe

Posté par carlosmilitant le 15 décembre 2009

L’élection de Barack Obama à la présidence des États-Unis était porteuse de beaucoup d’espoirs au sein de ce qu’il est convenu d’appeler «communauté internationale ».  Le nouvel occupant de la Maison Blanche allait devenir un chantre du multilatéralisme et refermer la funeste parenthèse des années « Bush ».

Si quelques signaux positifs ont été envoyés (discours du Caire sur l’Islam, volonté d’apaisement avec l’Iran,…), force est de constater que, dans les faits, l’administration Obama n’a pas marqué une rupture très nette avec la politique étrangère menée par George W. Bush.

Le cas des relations avec l’Amérique Latine est à cet égard intéressant. Cette région du monde est, depuis le mandat du président Monroe qui a légué à la postérité une célèbre doctrine sur la politique américaine dans cette zone, considérée par les État Unis comme une sorte de protectorat.

Ces dernières années avec l’avènement de chefs d’état de gauche dans différents pays d’Amérique Centrale et du Sud, l’influence étasunienne avait été mise à mal. L’Administration Bush avait établi des liens privilégiés avec le président colombien Alvaro Uribe et soutenu activement le volet militaire du plan « Colombie » notamment pour faire contre-poids aux visées anti-impérialistes des Chavez, Correa et autres Morales. Ces derniers voyaient plutôt d’un bon œil l’arrivée du progressiste Obama aux affaires à Washington. La gestion par la diplomatie américaine du coup d’état au Honduras est en train de les faire déchanter.

Alors que, dans un premier temps, le gouvernement américain avait condamné le putsch, Washington a maintenant décidé d’apporter son soutien aux élections présidentielles organisées par les putschistes. La validité de ce scrutin est pourtant contestée par la majorité des états d’Amérique Latine et par l’Espagne. Barack Obama aura beau jeu de prétexter qu’il a été mis devant le fait accompli  et qu’en définitive ces élections pouvaient constituer une issue à une situation qui pourrissait depuis des  mois. Il n’empêche qu’il aura cautionné la reprise en main du Honduras par son oligarchie alors qu’une plus grande fermeté américaine aurait sans doute permis le retour au pouvoir du président Zelaya.

Ainsi, finalement, la doctrine Monroe reste d’application dans la mesure ou l’influence des États Unis même atténuée reste décisive dans la région. Obama semble l’avoir actualisée en renonçant aux interventions directes et en privilégiant une stratégie du pourrissement en vue de favoriser les intérêts américains en Amérique Latine.

Ceux qui étaient enthousiastes suite à l’élection de Barack Obama doivent commencer à se demander si un homme peut changer un système!

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Le deuxième homme qui parlait à l’oreille des riches

Posté par carlosmilitant le 30 septembre 2009

Une fois n’est pas coutume, ma plume volera au secours d’un libéral pas assez souvent reconnu à sa juste valeur par ses contemporains. Il s’agit de Bernard Clerfayt, Bourgmestre empêché de Schaerbeek et Secrétaire d’Etat à la lutte contre la fraude fiscale au sein du Gouvernement Fédéral. D’aucuns ont eu le tort de ne voir en lui que l’heureux bénéficiaire d’un concours de circonstances, à savoir le prodigieux écho de la vox populi (que les esprits chagrins mais pas latinistes pourraient traduire par « voix populiste ») résonnant contre Laurette Onkelinx lors des communales 2006, qui lui a conféré une envergure dont il ne disposait pas jusqu’alors.

Le passage de Bernard Clerfayt ce lundi 28 septembre sur les ondes de la Première m’a conforté dans l’idée qu’il était autre chose que le ponctuel récipiendaire de l’animosité savamment entretenue contre une candidate-bourgmestre dont on craignait le manque de disponibilité inhérent à ses fonctions ministérielles. Sa prestation radiophonique a été éminemment convaincante. Ainsi, il a été particulièrement crédible en grand défenseur de l’écologie plaidant les bienfaits d’une fiscalité environnementale intrinsèquement bénéfique qui aurait de surcroît vocation à supplanter les actuelles très inadéquates modalités d’imposition sur les revenus.

voitures

Laissons un instant l’ironie de côté. En proposant d’augmenter les accises sur les carburants, le maïeur empêché de la Cité des ânes sait que c’est les classes populaires qui seront principalement mises à contribution. Certes, il aura beau jeu de surfer sur la vague écologiste et de dire qu’il ne fait qu’apporter sa modeste contribution à la lutte contre le réchauffement climatique. Il n’empêche que la réalité que Bernard Clerfayt est loin d’ignorer est que ce sont les ménages qui ont les plus faibles revenus qui disposent des véhicules les plus polluants (ils en changent moins souvent et ne disposent pas toujours du capital culturel leur permettant d’être aisément sensibilisés à la nécessité de réduire leur consommation). Par ailleurs, dévoilant sans surprise sa filiation intellectuelle avec Didier Reynders, le Secrétaire d’Etat effectue une charge en règle contre la taxation prétendument trop élevée des revenus du travail.  Ce qu’il oublie sciemment de dire c’est que la progressivité actuelle de l’impôt sur les personnes physiques (les plus haut revenus paient plus d’impôt) constitue une garantie de redistribution des richesses et donc de justice sociale. Ce que le Bourgmestre « en titre » de Schaerbeek  omet de mentionner c’est que les tranches progressives d’imposition des revenus telles qu’elles existent aujourd’hui sont bien moins inégalitaires que d’autres impôts comme la TVA ou les accises. En promouvant la substitution graduelle de la fiscalité sur le travail par la fiscalité environnementale, l’objectif recherché par Bernard Clerfayt est ni plus ni moins de faire glisser une partie de la pression fiscale s’exerçant aujourd’hui sur les hauts revenus vers les moins nantis.

La stratégie du MR est limpide : faire monter Bernard Clerfayt sur l’enjeu de la fiscalité en lieu et place d’un Didier Reynders affaibli (suites du Fortisgate, contestation interne,…). Il faut le dire : le plus libéral des FDF tire plutôt bien son épingle du jeu. En saupoudrant de considérations environnementales les préceptes de son maître à penser en matière de fiscalité, Bernard Clerfayt réussit presque à nous faire prendre des vessies libérales pour des lanternes écologistes. Quel dommage qu’il ne fasse pas beaucoup d’efforts pour être aussi convaincant pour ce qui est de la lutte contre la fraude fiscale, compétence ministérielle pour laquelle il a été jusqu’à  renier l’engagement contracté vis à vis des Schaerbeekois d’être leur bourgmestre à plein temps.

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Petite pub-copinage…

Posté par carlosmilitant le 17 septembre 2009

… juste pour vous annoncer la naissance du petit JIM: le Journal Indépendant et Militant.

Il est né au mois d’août, mesure 12 rubriques et pèse 13 articles et quelques centaines de brèves…!

2tours

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Quand les chiens de garde du capitalisme financier se remettent à aboyer…

Posté par carlosmilitant le 22 août 2009

L’interview (1) de Bruno Colmant, accordée récemment au Vif avant de quitter son poste à la tête de la Bourse de Bruxelles, est riche d’enseignements quant à l’état d’esprit actuel des zélateurs du capitalisme financier le plus débridée. Alors que dans les mois qui ont suivi l’intervention étatique dans certains groupes bancaires en difficultés, le secteur de la finance, confronté à une crise sans précédent, souscrivait momentanément à la nécessité de réglementer davantage le capitalisme financier, il semble que la soif de profit recommence à l’emporter sur la raison. Le profil bas adopté au début de la crise est peut-être bien révolu.

bourse de bruxelles

Mais qu’a donc confié au Vif ce magnifique spécimen de requin de la haute finance se demanderont les plus caustiques et les plus curieux des visiteurs de ce blog ? A la question relative aux plantureux et polémiques superbonus octroyés par les banques aux traders dans un contexte économique difficile, monsieur Colmant, ex-membre de la direction d’ING et sur le point de passer à Fortis Holding, prend évidemment la défense des professionnels de la spéculation financière : « les traders ont une fonction importante dans l’économie : ils font circuler le capital. Or, si le capital est mobile et délocalisable, les traders le sont aussi. Raisonner selon une logique purement nationale est donc fragile. Dans le cadre d’économies ouvertes, un pays qui aurait une vision trop coercitive en la matière ferait probablement fuir les traders et les centres de décision. » Surtout ne pas faire de peine à ces talentueux traders dont l’apport est tellement bénéfique pour le développement économique de notre pays car sinon il vont être contraints d’aller monnayer leurs talents sous des cieux plus rémunérateurs. La sempiternelle menace de délocalisation dans le cadre de l’économie mondialisée peut donc être utilisée aussi pour protéger les revenus des traders. Sur le même thème, l’ancien Directeur de Cabinet du Ministre des Finances vante les vertus de la transparence : «…la transparence suscite une autodiscipline. Elle crée un sain débat, notamment dans la presse, et pousse les gens à être attentifs et à éviter les comportements outranciers. L’économie de marché, de manière naturelle, suscite de la discipline mais exige de la clarté ».  Surtout pas de nouvelles règles, la transparence et l’autodiscipline suffisent. Cet anti-étatisme primaire est pourtant aujourd’hui battu en brèche par beaucoup d’économistes comme notamment Etienne de Callatay, « chief economist » à la Banque Degroof qui dans un récent ouvrage (2) met en exergue les limites de l’autodiscipline et de la seule transparence. Bruno Colmant est clairement un ultra-libéral convaincu qu’il faut faire une confiance absolue au marché. C’est sur que le marché a admirablement bien réagi, par lui-même, à l’éclatement de la crise du crédit immobilier américain. Il n’est de pire aveugle que celui qui ne veut voir !

Le nouveau numéro 2 du holding Fortis fait part en guise de conclusion de l’interview de sa vision de l’avenir économique qui n’est pas grand chose d’autre qu’une apologie de la précarité: « De grands défis. Ce sera une économie marchande beaucoup plus dure et exigeante, un monde plus individualiste, où l’aspect providentiel des états sera moins présent. …Les gens vont devoir vivre dans un monde plus incertain, plus précaire, dans lequel ils devront davantage compter sur eux-mêmes. Ceux qui croient dans le retour à une économie sécurisée sont complètement dans l’erreur ». Ainsi, après avoir effectué un vibrant plaidoyer en faveur des intérêts de sa caste politico-financière, Bruno Colmant promet du sang et des larmes aux travailleurs. Ce monument d’arrogance et de cynisme a au moins le mérite d’être sincère contrairement à d’autres qui font des beaux discours sur la nécessité de moraliser le capitalisme et dont l’objectif est de maintenir dans sa quasi intégralité le système existant.

Il est urgent pour les forces de gauche d’organiser une riposte, maintenant que l’opinion publique est encore majoritairement favorable à l’imposition de normes contraignantes, avant que la logique du « business as usual » l’emporte définitivement. Il importe de prendre des mesures pour imposer davantage la spéculation boursière et plus particulièrement les plus-values à court-terme, symbole par excellence de l’économie-casino. De manière plus globale, dans ce contexte de crise, les progressistes doivent impérativement se réapproprier le débat et remettre différents enjeux en avant : réduction du temps de travail, meilleure répartition des richesses, renforcement de l’initiative publique dans l’économie,….

(1) http://m.levif.be/fr/economie/moraliser-le-systeme-financier-non-sens-colmant/feed-1184698259868.htm?cmSection=1651&cmArticle=48707&layout=LeVifMobileCmArticle&cmSite=12

(2) DE CALLATAY (E.), Les confessions d’un économiste ordinaire. Comprendre la crise financière pour en tirer les leçons, Roularta Books, 2009.

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Lever le voile sur les vrais faux progressistes !

Posté par carlosmilitant le 8 juillet 2009

La carte blanche intitulée « Voile : où sont les progressistes » parue dans « Le Soir » du lundi 6 juillet 2009 m’a interpellé en tant que progressiste. Militant socialiste qui se reconnaît dans l’héritage philosophique des Spinoza, Feuerbach et Marx, je revendique avec fierté mes convictions athées. Toutefois, je ne suis pas du tout d’accord avec le propos d’Alain Destehexe et Claude Demelenne. L’un, compagnon de route du populiste Aernoudt, a trouvé un nouveau moyen de faire parler de lui en attisant l’aversion que son électorat droitier peut avoir envers les jeunes filles voilées. Il serait presque crédible en gardien du temple de la laïcité s’il n’était pas le pourfendeur attitré de l’enseignement officiel de la Communauté française. L’autre, à l’instar d’un Bernard Henri Levy, nous a habitué, sous un verni progressiste craquelant, à ses points de vue tranchés sur l’insécurité, le danger islamique ou le péril « jeune » (surtout s’il est bronzé !). Leur initiative commune n’a donc rien de surprenante. Je ne vais pas aller plus avant dans les arguments ad hominem. Passons à la question de fond. Les deux cosignataires de la carte blanche vantent la position courageuse de certains élus MR sur la question. Soit. Il n’est pas interdit de se faire plaisir à bon compte. Mais quand ils évoquent « le message désastreux envoyé aux femmes qui n’ont pas d’autres choix que de le porter», je ne peux que m’interroger sur le message non moins désastreux qu’ils envoient aux femmes de confession musulmane. En effet, il s’agit, ni plus ni moins, que de leur faire savoir que leur place n’est pas dans une assemblée parlementaire. Elles devraient comprendre que si elles veulent rentrer dans le jeu de la démocratie représentative, il faut impérativement qu’elles renoncent à une partie de leurs convictions, leurs traditions ou leur culture. Elles ont donc le choix entre abjurer leur religion ou rester des citoyennes de seconde zone. En prônant la non-éligibilité de fait des musulmanes, Alain Destexhe et Claude Demelenne font davantage de tort au combat pour l’émancipation de la femme que tous ces « barbus » qu’ils exècrent tant. J’ai l’absolue conviction que toutes les religions sont aliénantes. Toutefois, je suis tout aussi convaincu qu’il faut lutter contre toutes les formes d’aliénation. Ainsi, il faut se battre pour que le seuil de nos écoles, de nos institutions soit ouvert à tout le monde en ce compris aux jeunes filles voilées. La stigmatisation ne sera jamais un moyen d’émancipation. Par contre l’accès au savoir et l’insertion pleine et entière dans une société ouverte et démocratique peuvent constituer des armes précieuses pour lutter contre l’obscurantisme. La dernière partie de leur carte blanche est une diatribe convenue sur le vote communautaire. Alain Destexhe et Claude Demelenne pensent-ils sérieusement qu’ils renforcent les candidats progressistes d’origine arabo-musulmane en versant leur fiel sur les mosquées ? Feignent-t-ils d’ignorer que, de tout temps, les lieux de cultes comme d’autres espaces de socialisation ont constitué des enceintes au sein desquelles des discussions politiques se sont tenues ? Pour conclure, je dirais que les progressistes sont ceux qui considèrent que la recrudescence du fait religieux est un problème. Ils sont aussi et surtout ceux qui prônent des solutions adaptées et la prise en considération des réalités socioculturelles.

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Le pathétique combat d’arrière-garde de l’oligarchie hondurienne

Posté par carlosmilitant le 3 juillet 2009

Les événements survenant en ce moment au Honduras nous renvoient directement aux pires heures de l’histoire de l’Amérique latine. En fait, la situation qui prévaut aujourd’hui dans ce petit état d’Amérique centrale est à la fois préoccupante et pathétique. Préoccupante parce que l’imposition d’un couvre-feu et de la présence visible dans les rues de forces armées à la solde d’une oligarchie qui craint d’être dépossédée de son pouvoir est potentiellement explosive. Pathétique parce que le président installé au pouvoir suite au coup d’état ne bénéficie d’aucune crédibilité puisqu’il a été désavoué tant par la majorité de la population hondurienne que par l’ensemble de la Communauté internationale.

drapeau honduras

Il semble que les instigateurs du coup d’état se croient revenus quelques années en arrière à l’époque où des chefs d’état démocratiquement élus pouvaient être déposés par les militaires avec le soutien de certaines puissances étrangères. Ce temps semble fort heureusement révolu. Même les Etats-Unis, dont l’influence néfaste dans le renversement de plusieurs présidents latino-américains n’est ignorée de personne, ont condamné le récent putsch au Honduras.

A la base, le Président Zelaya n’avait pourtant rien d’un dangereux révolutionnaire. Candidat du Parti Libéral du Honduras et élu Président de la République en 2005, ce fils d’un grand propriétaire terrien ne semblait pourtant pas vraiment prédestiné à incarner une franche menace pour l’oligarchie hondurienne. Son rapprochement avec son homologue nicaraguayen, le sandiniste Ortega, et le fait d’avoir fait adhérer le Honduras à l’ALBA (Alternative Bolivarienne pour les Amériques) ont apparemment suffi à lui attirer les profondes inimitiés des classes possédantes honduriennes.

Dans une Amérique Latine dans laquelle s’ancrent durablement des gouvernants de gauche soutenus par les masses populaires, l’offensive de l’oligarchie hondurienne peut s’assimiler à une sorte de combat d’arrière-garde.

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7 juin 2009 : Victoire de la Gauche ou défaite des sondeurs/faiseurs d’opinion(s) ?

Posté par carlosmilitant le 9 juin 2009

Les éditorialistes les plus antisocialistes ont dû tomber de haut dimanche soir. Alors qu’ils s’apprêtaient vraisemblablement à recueillir les fruits de leur minutieux travail de vitriolage du PS et qu’ils étaient peut-être en train de préparer les manchettes du lendemain en hésitant entre des jeux de mots éculés comme «la chute finale» ou des expressions allégoriques convenues comme «le PS balayé par un tsunami électoral», l’annonce des premiers résultats du scrutin a dû leur faire l’effet d’une fort peu agréable douche froide. Le Parti Socialiste, frappé d’anathème médiatico-politique, ne pouvait que connaître les affres d’une défaite électorale annoncée. In fine, les infréquentables sont presque devenus des incontournables.

Différents enseignements sont à tirer de ces récentes élections.

Tout d’abord, l’effondrement global de la social-démocratie européenne. Il est clair que dans ce contexte, le PS belge francophone fait figure d’exception. Soit plombé par les dissensions internes à l’instar du PS français, soit dans un état de dégénérescence idéologique avancée comme le New Labour anglais, les partis socio-démocrates d’Europe sont, pour la grande majorité d’entre eux, bien mal en point. Je suis convaincu qu’il est impératif pour les socialistes de prendre leurs distances avec une certaine forme d’européanocentrisme et de puiser davantage leur inspiration dans les politiques socialistes impulsées notamment en Amérique Latine. Si ce n’est pas vraiment l’objet du présent post, j’espère avoir l’occasion d’approfondir cette question prochainement dans le présent blog.

Ensuite, je ne peux que me réjouir de la disparition du Front National de la carte électorale de la Communauté française combinée aux mauvais résultats du Vlaams Belang au nord du pays. L’extrême droite connaît donc un recul significatif en Belgique. Un bonheur n’arrivant jamais seul, la droite extrême est également en perte de vitesse au Parlement de la Région Bruxelloise puisque ni le Vicomte de Jonghe D’Ardoye (MR) ni le Prince de Lobkowitz (CDH) ne sont réélus.

Enfin, si Ecolo enregistre une grande percée, le PS fait mieux que se défendre en se maintenant comme premier parti en Communauté française. Le MR tente de faire illusion et de minimiser sa défaite en ressassant le fait qu’il récupère la première place à Bruxelles. Toutefois, ce serait faire offense à la vérité que d’omettre de relever que le MR bruxellois perd encore un siège par rapport au scrutin de 2004 où il avait réalisé un score historiquement bas. Globalement, la gauche parlementaire sort renforcée de ces élections. PS et Ecolo (malgré la volonté de la direction de ratisser politiquement le plus large possible, je reste intimement convaincu qu’à tout le moins la base d’Ecolo reste plutôt à gauche) ensemble progressent de 6 sièges en Wallonie et de 7 à Bruxelles. Loin de moi l’idée, en tant que membre du Parti Socialiste, de récupérer la belle victoire des écolos mais je me devais de souligner, en tant que militant progressiste, le fait que le cœur des électeurs de Communauté française reste bien à gauche.

Pour conclure, je dirai qu’on a pu constater, lors de ce récent scrutin, que la multiplication des sondages d’opinions défavorables peut parfois entraîner un sursaut favorable des sondés en faveur du parti qui est dans le collimateur médiatique. Leçon à retenir pour les faiseurs et/ou défaiseurs d’opinion…

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Entretiens campagnards: Episode III

Posté par carlosmilitant le 2 juin 2009


Après Fabrizio Buccela et Julie Fiszman, la série d’interviews de candidats socialistes se poursuit. Aujourd’hui, c’est au tour de Catherine Moureaux, 5ème suppléante de s’y coller.

CC : Que signifie être de gauche, être socialiste aujourd’hui ?
CM : Être de gauche c’est être debout aux cotés de ceux qui subissent les injustices du système. C’est ne pas « laisser faire, laisser aller ».

CC : Peux-tu me citer trois valeurs auxquelles tu es particulièrement attachée ?
CM : L’égalité et la solidarité sont les deux valeurs collectives qui sont les plus importantes pour moi. Au niveau de l’individu, la valeur à laquelle je suis le plus attachée est l’honnêteté.

CC : Quels enseignements peut-on tirer de la crise actuelle du capitalisme ?
CM : La crise révèle le mensonge libéral. La crise ce n’est pas en soi la fin du capitalisme mais c’est une opportunité de changement parce qu’un grand nombre de travailleurs vont vivre dans leur chair une forme de guerre sociale. La crise c’est aussi un danger pour la gauche. L’état va devoir assumer des dépenses importantes et ce sera l’occasion de l’attaque par les libéraux de notre service public.

CC : Le PS est-il devenu un parti interclassiste ?
CM : Le PS défend avant tout les gens les plus fragilisés. C’est vrai que ces dernières années le PS a mené des combats plutôt à caractère éthique et du coup cela a pu donner l’impression que le Parti délaissait les combats sociaux.

CC : La lutte des classe existe-t-elle encore pour toi ?
CM : La lutte des classes existe sous une forme nouvelle liée à la montée de l’individualisme. La lutte des classes est noyée dans la consommation et la volonté de croissance. Dans ce contexte, le politique doit mieux s’armer contre le monde financier.

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Entretiens campagnards : Episode II

Posté par carlosmilitant le 13 mai 2009

Après Julie Fiszman (12ème sur la liste), j’ai décidé d’interviewer Fabrizio Bucella, conseiller communal à Ixelles et 41ème sur la liste.

CC : Que signifie être de gauche, être socialiste aujourd’hui ?
FB : Être de gauche c’est avoir une compréhension de la société construite autour du rapport de force entre capital et travail. Cela peut sembler un peu désuet d’utiliser ces termes, mais ils restent d’actualité. Pour le dire autrement : entre ceux qui possèdent les moyens de production et ceux qui ne disposent que de leur force de travail il y a une sacrée différence. Être de gauche c’est évidemment se mettre du coté du travail ! Être socialiste c’est également considérer que le mouvement social est porteur de changement.

CC : Quels enseignements peut-on tirer de la crise actuelle du capitalisme ?
FB : Pendant des années, le néolibéralisme a constitué la pensée dominante. La crise est le résultat des politiques de dérégulation impulsées par ceux qui se voyaient à la « fin de l’histoire ». Aujourd’hui, les socialistes doivent construire une alternative. Il importe également de s’ouvrir à d’autres enjeux comme celui du développement durable, de la société de l’information ou de l’éthique.

CC : le PS est-il devenu un parti interclassiste ?
FB : La charte de Quaregnon qui inscrit l’action du parti dans une perspective de lutte des classe est toujours un texte de référence au Parti. Si les classes sociales ne sont plus exactement les mêmes que lors de l’élaboration de ce texte, il est clair que la grande majorité des militants du PS partagent les valeurs reprises dans cette charte.

CC : Le politique peut-il encore changer les choses aujourd’hui ?
FB : Oui, bien sûr. De trois manières. Tout d’abord en agissant au niveau local et en mettant en avant des actions concrètes en faveur des gens à l’instar de ce qui s’est fait dans certaines localités avec la mise en place des budgets participatifs. Ensuite en gagnant la bataille des idées, trop souvent perdue depuis le couple Reagan-Thatcher. Il faut expliquer le projet aux gens, redevenir pédagogue, reconquérir le champ lexical et sémantique. Enfin, il est essentiel de changer la donne au niveau européen et de construire un rapport de force favorable à des politiques progressistes au niveau supranational. Négliger l’Europe et sa construction sera considéré comme l’erreur historique de la gauche en ce début de XXIème siècle.

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