Carlos militant

7 juin 2009 : Victoire de la Gauche ou défaite des sondeurs/faiseurs d’opinion(s) ?

Posté par carlosmilitant le 9 juin 2009

Les éditorialistes les plus antisocialistes ont dû tomber de haut dimanche soir. Alors qu’ils s’apprêtaient vraisemblablement à recueillir les fruits de leur minutieux travail de vitriolage du PS et qu’ils étaient peut-être en train de préparer les manchettes du lendemain en hésitant entre des jeux de mots éculés comme «la chute finale» ou des expressions allégoriques convenues comme «le PS balayé par un tsunami électoral», l’annonce des premiers résultats du scrutin a dû leur faire l’effet d’une fort peu agréable douche froide. Le Parti Socialiste, frappé d’anathème médiatico-politique, ne pouvait que connaître les affres d’une défaite électorale annoncée. In fine, les infréquentables sont presque devenus des incontournables.

Différents enseignements sont à tirer de ces récentes élections.

Tout d’abord, l’effondrement global de la social-démocratie européenne. Il est clair que dans ce contexte, le PS belge francophone fait figure d’exception. Soit plombé par les dissensions internes à l’instar du PS français, soit dans un état de dégénérescence idéologique avancée comme le New Labour anglais, les partis socio-démocrates d’Europe sont, pour la grande majorité d’entre eux, bien mal en point. Je suis convaincu qu’il est impératif pour les socialistes de prendre leurs distances avec une certaine forme d’européanocentrisme et de puiser davantage leur inspiration dans les politiques socialistes impulsées notamment en Amérique Latine. Si ce n’est pas vraiment l’objet du présent post, j’espère avoir l’occasion d’approfondir cette question prochainement dans le présent blog.

Ensuite, je ne peux que me réjouir de la disparition du Front National de la carte électorale de la Communauté française combinée aux mauvais résultats du Vlaams Belang au nord du pays. L’extrême droite connaît donc un recul significatif en Belgique. Un bonheur n’arrivant jamais seul, la droite extrême est également en perte de vitesse au Parlement de la Région Bruxelloise puisque ni le Vicomte de Jonghe D’Ardoye (MR) ni le Prince de Lobkowitz (CDH) ne sont réélus.

Enfin, si Ecolo enregistre une grande percée, le PS fait mieux que se défendre en se maintenant comme premier parti en Communauté française. Le MR tente de faire illusion et de minimiser sa défaite en ressassant le fait qu’il récupère la première place à Bruxelles. Toutefois, ce serait faire offense à la vérité que d’omettre de relever que le MR bruxellois perd encore un siège par rapport au scrutin de 2004 où il avait réalisé un score historiquement bas. Globalement, la gauche parlementaire sort renforcée de ces élections. PS et Ecolo (malgré la volonté de la direction de ratisser politiquement le plus large possible, je reste intimement convaincu qu’à tout le moins la base d’Ecolo reste plutôt à gauche) ensemble progressent de 6 sièges en Wallonie et de 7 à Bruxelles. Loin de moi l’idée, en tant que membre du Parti Socialiste, de récupérer la belle victoire des écolos mais je me devais de souligner, en tant que militant progressiste, le fait que le cœur des électeurs de Communauté française reste bien à gauche.

Pour conclure, je dirai qu’on a pu constater, lors de ce récent scrutin, que la multiplication des sondages d’opinions défavorables peut parfois entraîner un sursaut favorable des sondés en faveur du parti qui est dans le collimateur médiatique. Leçon à retenir pour les faiseurs et/ou défaiseurs d’opinion…

3 réponses vers “7 juin 2009 : Victoire de la Gauche ou défaite des sondeurs/faiseurs d’opinion(s) ?”

  1. Bonjour Carlos,

    N’est-ce pas naturel de vouloir remporter le plus de suffrages possible, tout en restant soi-même ?

    Regarde la com’ du PS les 10 derniers jours de la campagne: Elio et les camarades ont répété à l’envi que le programme du PS avait été jugé “le plus innovant et le plus favorables aux entreprises” par je ne sais plus quel lobby des PME. Le but ? Ramener des centristes et des voix de droite.

    Ca a fonctionné tant pour le PS que pour ECOLO qui suivant une étude de l’UCL ont chacun pris 79.500 voix au MR…

    A bientôt !

  2. Carlos a dit

    Salut Karim
    Oui, je trouve qu’il est naturel de vouloir remporter le plus de suffrages possibles – et surtout le plus d’adhésion possible à son projet politique-, tout en restant soit même.

    Sur la question de la course aux voix centristes, de droites et/ou patronales, je pense qu’il faut élargir la réflexion sur les possibilités d’élargissement de sa base électoral. Je suis convaincu qu’au PS, personne ne pense sérieusement que des gens comme Eric Domb pourraient voter un jour socialiste. Certains leaders d’opinions auront beau écrire des pages entières pour expliquer que le programme du PS est le plus innovant et le plus favorables aux entreprises, il sera toujours impossible pour la grande majorité du monde entrepreunerial de surmonter son antisocialisme primaire. Toutefois, un programme électoral contenant une « ouverture » au monde de l’entreprise et une prise en compte des « réalités économiques » trouvera le plus souvent un écho favorable auprès de l’opinion publique. Pourquoi ? Parce que la plupart des médias ont tendance à valoriser les partis qui donnent certains gages au patronat. Loin de moi l’idée d’élaborer une fumeuse théorie du complot ourdi par les journalistes et les patrons. Toutefois, sachant que ces 20 dernières années la quasi-intégralité de la production intellectuelle dans le domaine des sciences économiques était d’inspiration néolibérale, il faut bien dire que le champ des possibles en la matière a été considérablement rétrécit. Ainsi, un journaliste qui veut se documenter sur l’économie pour faire correctement son travail n’aura que difficilement accès à d’autres sources que des publications élaborées par des économistes de l’offre et des adeptes des théories déflationnistes et monétaristes. Cela se ressent dans les analyses relayées par les médias. C’est donc presque naturellement qu’une ligne de démarcation claire apparaît dans les esprits entre économie et social. Les deux étant aussi indispensables que connotés politiquement. L’une étant consubstantiellement l’apanage de la droite, l’autre étant par essence porté par la gauche. Dès lors, le volet économique d’un programme électoral plus centriste sera plus apprécié par une majorité d’électeurs qui, par ailleurs souscrivent sans problème à la partie « social » du même programme.

    Cela explique pas mal de choses pour ce qui est de la récente campagne. De la communication du PS sur l’appréciation positive de son programme par certains leaders d’opinion aux atermoiements de la direction d’Ecolo sur le positionnement du parti à droite ou à gauche.

  3. Renaud Maes a dit

    Hello Carlos,

    Sans entrer trop dans les détails, je pense que le maintien du PS doit beaucoup à la mobilisation très forte de la FGTB, alarmée par les sondages, et qui a explicitement appelé à voter PS pour sauver l’emploi, pour sauver la sécu, etc. Ecolo et le cdH ont manifestement le même genre d’analyse, puisqu’ils utilisent comme l’une des raisons majeures de l’Olivier la volonté de maintenir la paix sociale en temps de “crise”.

    Si je souligne ceci, c’est qu’il s’agit pour moi d’une énième démonstration de la nécessité pour le PS de garder des liens forts avec le syndicat. Cette fois encore les instances syndicales se sont mouillées pour le PS : il s’agira pour le PS d’être digne de ce soutien qui lui est manifestement essentiel. Autrement dit, je pense qu’il faut vraiment que le PS mette un grand coup de barre à gauche pour éviter de rompre définitivement des liens qui se sont quelque peu distandus notamment suite au Pacte des Générations… Et qu’il n’utilise pas ses rapports privilégiés avec la FGTB pour museler le mouvement social.

    Super nouveau blog, ceci dit ;-)

    R.

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