ULB : Restauration de l’ancien régime ou nouvelle étape de démocratisation?
Publié par carlosmilitant le 15 octobre 2010
Note de l’auteur : les lignes qui suivent constituent la version intégrale d’un texte publié dans la rubrique opinion de la “Libre Belgique” : http://www.lalibre.be/debats/opinions/article/617022/contestation-a-l-ulb.html
En tant qu’ancien de l’ULB, j’ai été assez surpris d’apprendre la démission du recteur de cette institution et même franchement déconcerté par la justification qu’il en a donné. Dans un communiqué(1) en date du 21 septembre, Monsieur Vincke a dénoncé la « logique de clans » qui « gangrène » le conseil d’administration et les agissements de « stratèges assoiffés de pouvoir ». Son départ fait suite notamment à la décision du conseil d’administration de ne pas accorder sa confiance à deux vice-recteurs qu’il avait proposé. Mon propos n’est nullement de commenter ni le bienfondé de sa décision ni les qualités des personnes dont la candidature n’a pas recueilli l’assentiment de l’instance décisionnelle de l’ULB. Il s’agit plutôt d’élargir la réflexion et de remettre les faits dans un contexte.
Le conseil d’administration d’avant les « événements » de mai 68 était une assemblée de notables. Ceux-ci étaient davantage soucieux du prestige de l’institution (ou plutôt de l’idée qu’ils s’en faisaient) que des aspirations des étudiants, des professeurs et des autres membres du personnel de cette institution. Suite au mouvement du tumultueux cinquième mois de l’année 1968, les statuts de l’université furent adaptés en vue de permettre aux différents acteurs de l’ULB de désigner leur représentants au sein de l’organe de gestion de l’université. L’université était désormais gérée de manière participative en associant à la prise de décision les délégués des corps académiques, des corps scientifiques, du personnel technique, administratif et de gestion et même des étudiants. Ce fut une véritable révolution, certes peut être pas exactement celle rêvée par ceux qui avaient battu le pavé, mais qui plaça l’ULB à l’avant-garde en matière de démocratisation des structures décisionnelles des établissements d’enseignement supérieur. Il fallut attendre 2003 et le décret « participation » de la Ministre Françoise Dupuis, pour voir la représentation étudiante garantie dans les conseils d’administration de l’ensemble des universités de la Communauté française. Toutefois, ce serait faire offense à la vérité que de dire que la pratique démocratique au sein du CA de l’ULB fut toujours idyllique et respectueuse du poids réel des différents corps. Ainsi, les luttes d’influence et la confrontation de visions différentes voire d’intérêts divergents parsemèrent de manière récurrente l’ordre du jour des différentes réunions des conseils d’administration organisés depuis plus de quarante ans. Je fais l’hypothèse que la « logique de clans » évoquée par le recteur démissionnaire recouvre cette réalité-là. Rien de neuf ni même de très choquant puisque, dans une assemblée démocratique et représentative, l’établissement d’un rapport de force entre une majorité et une minorité relève d’une logique assez habituelle. Tout qui est passé par les arcanes de l’ULB sait que les délégués du corps scientifique, du personnel administratif, technique et de gestion et des étudiants constituaient les corps minoritaires par opposition aux représentants des corps académiques et à leur primus inter pares : le recteur. La différence tient peut-être à ce que les contours historiques de la majorité et de la minorité semblent s’estomper. Alors que l’essentiel du pouvoir a été longtemps concentré aux mains d’une certaine oligarchie rectorale composée du recteur, de ses doyens et des représentants du corps académique, il semble qu’aujourd’hui le centre de gravité soit en train de changer au vu du vote du CA du 20 septembre sur les vice-recteurs proposés par le recteur.
Ceux qui questionnent aujourd’hui la légitimité du CA, instance perfectible mais élue au suffrage universel des différents acteurs de l’institution, seraient moins suspects de vouloir s’accrocher à leurs privilèges s’ils ne se cantonnaient pas à des questionnements factuels et à des attaques de personnes. S’ils demandaient des réformes statutaires pour que les différents corps soient représentés dans les organes de décision à concurrence du poids numérique qui est le leur. Ou à tout le moins de modifier la composition du CA afin d’obtenir une représentation équilibrée de différents corps. Ou encore dans un registre moins audacieux de faire comme à l’UCL : organiser une élection du recteur au suffrage universel des différents acteurs composant l’université!
La question n’est pas de savoir qui des prétendus « stratèges assoiffés de pouvoir » ou des oligarques avérés désireux de conserver ledit pouvoir va sortir victorieux du bras de fer actuel. Ni même de savoir qui sera le prochain recteur ou le prochain président du CA. L’ULB est à la croisée des chemins entre la restauration des privilèges de certains corps et la nouvelle étape d’une démocratisation de ses instances décisionnelles!
Carlos CRESPO
Diplômé de l’ULB
Ex-permanent de la délégation étudiante de l’ULB
(1) http://wwwdev.ulb.ac.be/db/revue/articles/21092010/21092010REF_901.pdf
benoitmajerus a dit
un peu simpliste comme argumentation si on sait que la majorité ne bénéficie même plus de soutien de ces électeurs: http://ulbencrise.wordpress.com/2010/10/13/lassemblee-generale-du-corps-scientifique-adopte-une-motion-de-defiance-vis-a-vis-de-sa-delegation-au-ca/
cdessy a dit
un peu simpliste dans la mesure où vous évacuez d’office le bien-fondé des décisions prises… évidemment, puisque c’est là que la bât blesse.
Mauro a dit
Un petit commentaire :
l’élection directe du recteur est une fausse bonne idée : elle aboutirait au plébiscite de celui qui gardera les rênes de l’université avec d’autant plus de pouvoir et d’autant moins de possibilité de contestation qu’il pourra se parer de la “légitimité des urnes”. Ce combat n’est pas celui du mouvement étudiant.
Carlos a dit
Un peu simpliste?
Le seuls reproches clairs à la majorité actuelle du CA qui transparaissent dans la presse c’est de faire ce que l’oligarchie rectorale faisait en son temps : se réunir et construire collectivement les positions majoritaires en vue de les faire adopter par le CA. Ni plus, ni moins. Je ne suis l’actualité ulbiste que de très loin mais d’après les éléments dont je dispose, je fais l’hypothèse que Bucella et Lewkovitcz ne sont pas plus “assoiffés de pouvoir” que les recteurs qui se sont succédés depuis 68 et que leurs soutiens ne sont pas plus des suiveurs manipulés que les doyens et membres du corps aca qui suivaient leurs recteurs.Peut-être que quelqu’un pourra me démontrer le contraire cela étant….
Pour le reste, sur le choix des vice-recteurs, je n’ai pas de commentaires à faire quant à la pertinence de leur candidature comme je l’ai évoqué dans le texte. Je n’ai pas suffisamment d’éléments de fonds pour le faire.
L’élection du recteur est loin d’être la panacée. Certes. Toutefois, bizarrement ceux qui sont à la pointe de la contestation actuelle ne semblent avoir aucune revendication de réforme démocratique des structures décisionnelles de l’université si ce n’est le renforcement des doyens de facultés.
En guise de conclusion, je ne suis pas sur le campus et donc ne sais pas si le duo décrié Bucella-Lewkovicz mettent effectivement en place une politique de “terreur” à l’ULB mais il me semble assez clair que certains de leurs opposants les plus en vue aspirent à une “réaction thermidorienne”.
Maxime a dit
Un peu simpliste ? les élus n’ont plus le soutien de leurs électeurs ?
Allons, allons, tout le monde se rend bien compte de ce qui se passe : une petite réaction conservatrice bien menée et voilà tout. Benoit (Majerus) je ne sais pas si tu fréquentes un peu l’ULB mais cela me semble clair à la lecture des articles que tu suggères. Enfin, tout ceci est le résultat d’une gestion peu démocratique et de militants qui préfèrent se plaindre qu’aider au changement.
Maxime a dit
En tout cas j’ai posté un commentaire hier soir sur le site ulb en crise renseigné par Benoit Majerus et ô surprise le post n’a pas été validé par le webmestre. Sans doute la liberté d’expression est plus efficace quand elle est bien contrôlée.
Cora a dit
« Le corps académique constate que le Conseil d’Administration n’a plus la confiance requise des différentes composantes de l’Université et qu’il n’est plus en mesure d’exercer sereinement et efficacement ses fonctions. (…) Le corps académique appelle donc chaque administrateur à prendre ses responsabilités, afin que soient organisées immédiatement des élections anticipées pour renouveler la composition du Conseil d’Administration et répondre ainsi pacifiquement et démocratiquement à la crise de légitimité qui l’affecte. » Catherine Dehon (Liste ACA pro-recteur)
Non Mme Dehon, l’Université ne vous appartient pas.
Non Mme Dehon, une poignée de professeurs réactionnaires ne fait pas une majorité.
Non Mme Dehon, vous n’êtes pas juge de la légitimité de la représentation des corps scientifiques, PATGS et étudiants au C.A.
Non Mme Dehon, les étudiants ne se soumettront pas à vos pressions, intimidations et manipulations.
Non Mme Dehon, la délégation étudiante ne vous laissera pas bafouer les acquis de Mai 68.
L’Université Libre de Bruxelles restera libre et participative.
Bibi a dit
Non au putsch des colonels !!!
Les doyens réacs ne passeront pas !!!
Carlos a dit
Quelques commentaires en réponse aux commentaires à mon texte que j’ai posté aussi en réponse (en attente de validation) sur le site “ULB en crise” de http://ulbencrise.wordpress.com/articles-de-presse/la-libre-du-15-octobre-2010/#comment-52
Il m’a semblé utile de préciser certaines choses suite à des interpellations que j’ai eu de la part de certaines personnes que j’estime bcp.
Tout d’abord, je n’ai pas pris position sur les enjeux de personnes qui sont, sauf erreur de ma part, au cœur de ce conflit ou à tout le moins de sa couverture médiatique. Mon propos était de dépersonnaliser le plus possible pour prendre un peu de hauteur. Visiblement, les passions étant tellement exacerbées et la conflictualité entre les deux camps s’avérant particulièrement aigüe, il est aujourd’hui impossible de s’exprimer sur ce dossier sans être catalogué pro ou anti quelqu’un. Je le déplore vivement.
Je vais faire une hypothèse pour illustrer mon point de vue. Admettons, comme certains ne semblent pas loin de le penser, que la majorité actuelle en place au CA soit la pire engeance que le campus n’ait jamais portée. Dès lors, pour légitime que soit l’élection des actuels administrateurs, il ne serait pas illogique d’envisager de demander leur démission. Toutefois, il n’est pas insensé non plus de s’interroger sur les conséquences de cette éventuelle démission collective. Est-il sérieux d’envisager que le nouveau CA qui viendrait à remplacer le CA démissionnaire après une telle crise aurait à l’avenir l’outrecuidance de remettre en question une proposition du recteur et/ou de ses doyens? L’enjeu n’est donc pas uniquement sur la composition du CA telle qu’elle est actuellement mais sur l‘impact qu‘une telle décision aurait sur les rapports de force en CA dans les années à venir. Le problème est que ceux qui sont médiatiquement à la tête de la fronde craignent davantage une perte de pouvoir du corps académique au détriment des étudiants et des autres corps que des « logique de clans« qui en d‘autres temps servirent leurs intérêt. Guy Haarscher, porte-parole (autoproclamé) fréquemment cité dans « le soir » du camps opposé à l’actuelle majorité au CA l’a d’ailleurs clairement évoqué dans sa médiatique lettre après avoir mentionné la non nomination des vice-recteurs : « On imagine la suite : aucune autorité ne sera nommée si elle n’a pas l’heur de déplaire aux étudiants ou à un autre corps ». Je n’ai jamais écris que tous les opposants à la majorité actuelle du CA étaient des fieffés réactionnaires mais je trouve qu’à l’exception du communiqué conjoint CNE-CGSP (http://ulbencrise.wordpress.com/2010/10/14/communique-de-la-centrale-nationale-des-employes-cne/), qui évoque mais sans trop les étayer des faits concrets pour lesquels la direction actuelle de l’université aurait des choses à se reprocher dans sa gestion, l‘essentiel des critiques audibles sur lesquelles se sont fondées les motions adoptées par des facultés résident dans le résultat d’un vote outrecuidant sur les vice-recteurs et dans le fait que certaines personnes se réunissent préalablement à une rencontre officielle pour construire une parole collective. Si le CA tombe sur cette base-là, il ne me parait pas si évident que ceux qui seront alors appelé à diriger le temple du libre examen seront les plus acharnés des participationnistes. Certes, cela peut changer si la direction du mouvement actuel de fronde est reprise par d’autre personnes avec des objectifs plus louables. Peut être que l’AG d’aujourd’hui (http://ulbencrise.wordpress.com/2010/10/19/assemblee-generale-de-lulb-mercredi-20/)sera le point de départ d’un mouvement de masse qui propose des réformes de structures progressistes et porteuses pour l’ensemble de l’université et qui ne sera pas définitivement récupéré par ceux qui rêvent d‘un retour en arrière. Auquel cas la réponse à la question que j’avais choisie pour titre de mon texte sera affirmative et porteuse d‘une grande satisfaction pour moi.
gerard craan a dit
j’avoue ne pas bien comprendre ces enjeux. Le CA de l’ULB a toujours connu une “logique de clans”, il a régulièrement eu des alliances entre étudiants/ PATGS / corps sci et qqes aca. Ces alliances étaient rarement durables. D’un autre côté, il y a souvent eu plus d’étudiants du côté progressiste que d’académiques ou de doyens de ce bord-là. Il y a toujours eu du corporatisme, aussi. Il est fréquent qu’une instance comme le CA ne connaisse pas de débat et que beaucoup de choses soient réglées au préalable.
A présent, je n’ai pas encore vu, dans la presse, de questions sur les enjeux (sauf bucella qui a démagogiquement surfé sur les logements étudiants et évoque le triangle académique UMH-Charleroi-ULB). A part ça ? qu’est-ce que les étudiants attendent/veulent ? que veut le corps scientifique ? je ne lis rien de rien. par contre, ils semblent tous se passionner pour l’élection du recteur et du président. Ce débat autour de l’élection, sans amener de fond, est inquiétant, je trouve. Il me semble traduire un manque flagrant d”objectifs. Toi-même, carlos, tu n’abordes pas ces aspects dans cette carte blanche => as-tu des infos sur ces questions?
un ami de carlos a dit
Ce “débat” a été très bien résummé par guy haarsher (comme quoi parfois)…il se résume à Fabrizion Bucella veut devenir président de l’ulb et pour arriver à ses fins, tous les moyens sont bons. Son programme réel est très secondaire mais il existe…une mise au pas de l’ulb doublée d’une cure d’austérité par une politique de droite destinée à éponger le gouffre creusé par le bel hôpital erasme tout cela enrobé dans de belles déclarations “gauchistes” qui ne convainquent plus que lui-même.
Rien que de plus “normal” dans tout cela “à arriviste, arriviste et demi… et vogue la galère !”
Sauf qu’ici, il y a un hic, bien qu’arithmétiquement majoritaire “Fabrizio Bucella et ses amis” ont été trop gourmand dans leurs appétits et trop brutaux dans leurs attitudes(nominations/promotions obtenues par la bande, arrogance permanente, violence verbale, harcellement sur le personnel…) et ont fini par se mettre tout le monde à dos au sein de l’Ulb…d’où leur discrédit complet.
Fabrizion Bucella essaye actuellement de sauver les meubles par une énième campagne de “com” via “le soir” mais bon çà ressemble plutôt au chant du cygne qu’aux trompettes de la cavalerie.
Pour ce qui est du débat de fond sur les structures que pose Carlos, vu la léthargie dans laquelle se trouve le mouvement étudiant et l’affligeant spectacle qu’en donne “ses représentants” actuels, la tendance n’est certainement pas à leur donner d’avantage de pouvoir et de moyens,leur légitimité est soumise à caution…à qui la faute si ce n’est à eus-même ?
Ainsi, tout l’acquis théorique, programatique et toute la crédibilité du mouvement étudiant qui était bon an mal an transmi par des organisations comme la fef et le bea ont été perdus sans doute définitivement…au lieu de crier “sauver wendy” ils feraient mieux d’en appeler plutôt à se sauver eux-même…d’ailleurs, s’ils étaient droits dans leur bottes et sûr de leur légitimité, ils ne craindraient pas d’aller aux élections.
Reste cependant la possibilité d’un sursaut démocratique au niveau des étudiants qui passera forcément par l’émergence de nouveaux acteurs et par un réel mouvement, les équipes étudiantes en place tant au bea et qu’à la fef ayant démontré leur complète incompétence.
bref, en effet le débat est bel et bien entre réaction et progrès mais les acteurs de l’un comme de l’autre ne sont pas là où ont s’attendaient naguère à les trouver.
bien à vous