Carlos militant

Archive pour le 25 mai 2011

Si la jeunesse n’a pas toujours raison, la société qui la méconnait et qui la frappe a toujours tort ¹

Publié par carlosmilitant le 25 mai 2011

Après les révolutions au Maghreb et au Moyen-Orient, portées principalement par les jeunes, la jeunesse a ouvert un nouveau foyer de contestation en Espagne. En l’espèce, point d’autocrate sanguinaire à renverser mais plutôt un ordre économique à bousculer. Cet mobilisation est assez originale par ses modes d’action et d’expression : l’occupation des espaces publics, coordination presque exclusive du mouvement via les réseaux sociaux, absence de rôle prééminent d’un parti ou d’un syndicat. Si l’épicentre de la contestation se situe à Madrid, diverses villes d’Espagne se sont jointes au mouvement.

Cette « indignation » survient dans un contexte économico-politique particulier. Le secteur de la construction, vache à lait traditionnelle de l’économie espagnole, a plongé dans une récession sans précédent. Il y a actuellement 5 millions de chômeurs en Espagne dont une grande majorité de jeunes. Le PSOE au pouvoir a mené une politique d’austérité qui n’a pas épargné les classes populaires, électorat traditionnels des socialistes. L’autre grande formation qui domine la vie politique espagnole, le Parti Populaire, a, dans la foulée de la « Spanish Révolution », remporté haut la main les élections municipales.

Il semble intéressant de s’interroger sur la nature actuelle et les perspectives futures du mouvement.

Quelles sont les revendications² des indignés? Elles portent notamment sur la fin des privilèges des responsables politiques (obligation de rendre public leur patrimoine, lutte contre l’absentéisme,…), réduction du temps de travail, augmentation de l’imposition sur les grosse fortunes, le remboursement par les banques bénéficiaires des aides publiques qu’elles ont reçues,… Les manifestants sont clairement demandeurs d’un changement sociétal profond.

Ils aspirent également à la fin du bipartisme. A ce stade, il convient, parce que cette revendication est l’une de celles qui revient le plus, d’exprimer un léger bémol. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, le système espagnol n’est pas comparable au système américain où le président est désigné par des grands électeurs républicains ou démocrates ni même au scrutin majoritaire en vigueur au Royaume Uni ou à celui à la française. L’élection du congrès des députés espagnols se fait …à la proportionnelle. Certes, il s’agit d’une proportionnelle à tendance majoritaire³ mais qui laisse un certain espace pour les petits partis. Le propos n’est pas ici d’ergoter sur les aspects techniques du mode d’élection en Espagne mais bien de recontextualiser une des attentes les plus emblématiques des campeurs de la Puerta del sol. De prime abord, le rejet de la particratie incarnée par le PP et le PSOE est davantage conjoncturel que structurel. Les manifestants considèrent qu’il est inacceptable de se laisser enfermer dans un choix entre la poursuite de la politique d’austérité du gouvernement actuel et l’avènement d’un exécutif très marqué à droite. De plus les indignés rejettent avec véhémence la corruption, domaine ou le PP de la région de Valence s’est fort illustré il y a quelques mois. C’est avec cette grille d’analyse qu’il faut comprendre le rejet du bipartisme.

Les « indignés » seront-ils entendus ? Rien n’est moins sûr. Zapatero a, dès le soir de la défaite électorale, appelé à maintenir le cap en martelant  qu’il n’existe pas d’autre option. Si certaines voix se font entendre en interne du Parti pour donner raison aux indignés4 ou pour exiger un virage à gauche5, il n’est pas sûr qu’il y ait beaucoup de changements à attendre de la dernière année de la législature.  La démagogie droitière du Parti Populaire qui exige des élections anticipées est loin de convaincre ceux qui occupent la Puerta del Sol et d’autres places de différentes villes espagnoles. Ces derniers savent le programme de la formation de Mariano Rajoy incompatible avec leurs aspirations. Les petits partis de gauche à l’instar du plus grand d’entre eux, Izquierda Unida, ont, en ce moment, le vent en poupe mais n’enregistrent pas de percée électorale significative. Dès lors, ils ne sont pas encore en capacité d’infléchir le rapport de force politique et de traduire en avancées concrètes les demandes de la jeunesse espagnole en lutte.

Y aura-t-il un avant et un après 15-M dans la société espagnole ? Il est encore trop tôt pour le savoir mais il peut d’ores et déjà sembler paradoxal voire démoralisant que l’explosion d’un ample mouvement social qui suscite un certain degré de sympathie ait été concomitante à la victoire de la droite aux élections municipales. Néanmoins, en guise de conclusion, il n’est pas interdit d’oser une comparaison historique un peu hasardeuse : malgré le fait que les élections législatives post-mai 68 (23-30 juin 1968) ont vu la victoire des conservateurs du Général de Gaulle, la société française n’a plus jamais été la même après ces événements.

1 François Mitterand à l’assemblée nationale pendant mai 68.

2 Voir notamment http://www.democraciarealya.es/?page_id=234

3Explication technique comparée des différents systèmes en cliquant dans le lien suivant : http://fr.wikipedia.org/wiki/Syst%C3%A8me_%C3%A9lectoral.
4 http://www.publico.es/espana/377065/la-militancia-del-psoe-da-la-razon-a-los-indignados-elecciones2011
5 http://www.publico.es/espana/378252/los-diputados-reclaman-un-giro-a-la-izquierda-elecciones2011

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