Carlos militant

La guerre sociale contre les pleins pouvoirs aux marchés?

Publié par carlosmilitant le 26 novembre 2011

Après le printemps arabe porteur de tant d’espoirs d’émancipation, il semble qu’il faille nous résoudre à l’automne technocratique charriant des perspectives de régression sans précédent. Les cas de la Grèce et de l’Italie sont emblématiques de la mise sous tutelle brutale d’états nationaux au profit d’intérêts supranationaux. Des chefs de gouvernements légitimement élus -bien qu’éminemment critiquables- après avoir été contraints de se livrer à d’obscènes séances de danse du ventre devant les marchés, ont été priés de quitter la scène dans le déshonneur le plus complet.

Aujourd’hui la tendance des décideurs en Europe – pour faire court le duo Sarkozy-Merkel et les « experts » dont ils sont les relais-  semble être plutôt à favoriser la cooptation d’anciens de  banques d’affaires style Goldman and Sachs comme premier ministre à l’instar de Mario Monti en Italie que de promouvoir l’avènement de majorités politiques construites autour de dirigeants légitimés par un certain degré d’adhésion populaire à leur programme.

En Belgique aussi, des voix s’élèvent pour évoquer sérieusement la possibilité de mettre en place un gouvernement de technocrates1. D’aucuns spéculent sur la composition de cet exécutif technocratique et imaginent que les Colmant, Noels voire Maystadt (l’ex-politique aujourd’hui auréolé d’une expertise économique) pourraient faire mieux que les négociateurs qui planchent actuellement à la formation d’un gouvernement. Les représentants politiques classiques ne seraient pas en mesure de faire comprendre à leurs administrés qu’ils doivent prendre des mesures « nécessaires » détériorant leurs conditions d’existence et leurs acquis sociaux. Le fastidieux recours au suffrage universel briderait les politiques au moment de prendre des décisions « courageuses » car le peuple ne serait pas en capacité de comprendre le bienfondé des recommandations de la Commission Européenne ou de toute autre caisse de résonance de la pensée unique néolibérale. A l’instar de l’odieux chantage subi par le peuple grec, la tutelle internationale  dispose pourtant de moyens de pression pour imposer les réformes souhaitées mais cela ne semble plus suffire. Dès lors, confier le pouvoir à des « experts » ne devant aucunement rendre compte de leurs actes et passer sous les fourches caudines de l’opinion publique semble la voie toute tracée pour arriver à -Graal ultime- rassurer durablement les marchés. Les arguments de ceux qui appellent à la mise en place de gouvernements technocratiques sont pourtant bien moins originaux qu’inquiétants. Ils sont aussi cyniques et paternalistes que ceux utilisés à d’autres époques pour défendre le suffrage capacitaire ou l’oppression coloniale.

Outre l’antagonisme séculaire entre capital et travail, à l’origine de tant de luttes sociales, et en plus de l’offensive actuelle et très appuyée du patronat et de ses relais politiques, les travailleurs doivent avoir conscience qu’ils sont confrontés à une attaque frontale contre leurs droits civils et politiques que l’on croyait davantage consolidés que les droits économiques et sociaux. Le capitalisme semble être rentré dans une phase d’instabilité où le multipartisme et le parlementarisme qu’il tolérait comme une sorte d’accommodement raisonnable compatible avec le libre marché est au moins transitoirement remis en question. Dès lors, il importe de refuser avec fermeté de baisser la garde devant les velléités de mise en place d’un gouvernement de technocrates qui ne sera rien d’autre que la confiscation du droit de vote par ceux qui détiennent déjà l’essentiel du pouvoir économique. Si ces derniers sont près à aller jusqu’à un coup d’état technocratique dans le but d’imposer les recettes indigestes des pompiers-pyromanes de la finance, alors il faudra se préparer à une riposte d’envergure pour préserver notre modèle social et même le droit à choisir nos dirigeants. Si l’évolution du capitalisme rend définitivement incompatibles le  libre marché et la démocratie représentative alors il faut que les travailleurs en tirent les conclusions. Et il n’est que peu probable qu’elles aillent dans le même sens que celles des détenteurs de capitaux.

1Sans prétendre à l’exhaustivité citons http://www.levif.be/info/actualite/belgique/gouvernement-de-technocrates-pour-la-belgique-maystadt-premier-ministre/article-4000009473536.htm et http://archives.sudpresse.be/t-20111117-H3GXKE-0.jpg.

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