Carlos militant

Archive pour la catégorie ‘Amérique latine’

Solidarité avec les luttes populaires au Chiapas!

Publié par carlosmilitant le 12 août 2011

Il y a quelques jours, lors de récentes vacances au Mexique, j’ai eu l’occasion d’effectuer un voyage dans le Chiapas. Emblématique des luttes sociales dont l’Histoire mexicaine est profusément jalonnée, cette région mérite que l’on s’y attarde et que l’on prenne le temps d’analyser son contexte politique et social.


Le soulèvement armé du 1er janvier 1994 a attiré l’attention médiatique internationale sur le Chiapas. Une guérilla (l’EZLN(1)) a pris les armes et occupé militairement plusieurs villes (notamment San Cristobal, ancienne capitale de cet état) dans cette contrée. La date n’avait pas été choisie par hasard: il s’agissait de l’entrée en vigueur du Traité de libre échange avec le Canada et les États Unis (ALENA). Les insurgés fustigeaient tant le racisme et la spoliation de leurs terres dont étaient victimes les communautés indiennes chiapateques que le néolibéralisme! Ils furent finalement délogés des centres urbains par l’armée régulière mexicaine. Un processus de négociation fut ensuite mené en vue de trouver une solution politique au conflit. Le dialogue aboutit à un cessez-le feu et à la signature des accords de San Andres en 1996 qui prévoient une prise en compte accrue des droits culturels, économiques et sociaux des peuples originaires. L’EZLN a renoncé depuis lors à la lutte armée mais reste présent dans certaines zones du Chiapas et constitue une force sociale et politique incontournable. A certains endroits de la campagne chiapateque où l’armée mexicaine pourtant très visible partout ailleurs brillait par son absence, j’ai pu voir des pancartes annonçant l’entrée ou la sortie du territoire « zapatiste ».
Les données(2) qui suivent sont particulièrement éclairantes. Le Chiapas dispose de ressources naturelles remarquables. Il produit 21% du pétrole mexicain et assume la production de 47% du gaz naturel du pays. Cette richesse ne profite pas à l’ensemble de la population locale. La malnutrition frappe 71,6% de la population dite indigène qui constitue un tiers des habitants de cet état. Le taux de mortalité infantile est de 75 pour 1000. 27,9% des hommes et 50,1% des femmes issus de ces communautés sont analphabètes. 25,9% de ces foyers ne disposent pas d’eau potable. Dans ces conditions, il est difficile de ne pas considérer que la révolte est légitime.
L’EZLN se situe dans le prolongement de luttes armées qui, depuis la seconde moitié des années soixante, ont été menées avec plus ou moins d’intensité au Mexique. C’est à partir de ce moment que beaucoup de progressistes mexicains ont perdu leurs illusions sur la capacité du PRI (Parti Révolutionnaire Institutionnel) à se montrer digne des idéaux de la Révolution Mexicaine de 1910 dont il était historiquement l’héritier. Le parti hégémonique de la vie politique mexicaine est apparu comme définitivement plus institutionnel que révolutionnaire pour nombre de militants de gauche qui voyaient les gouvernements mexicains successifs s’éloigner irrémédiablement de la voie émancipatrice tracée par Emiliano Zapata, leader et martyr de la Révolution. L’EZLN, s’il est comparable à diverses guérillas latino-américaines, présente des caractéristiques spécifiques. En ce qui concerne la forme, il est manifeste que l’EZLN excelle dans la communication politique. Les talents de communicateur de son médiatique porte-parole, le sous-commandant Marcos ont permis à l’EZLN de s’attirer la sympathie réelle de certains faiseurs d’opinions et de divers cercles altermondialistes. Pour ce qui est du fond, l’EZLN, outre la défense des intérêts des minorités indiennes du Chiapas et l’attachement à une forme de socialisme autogestionnaire, se caractérise également par une critique conséquente du mode d’organisation léniniste d’avant-garde.

La lutte des classes au Mexique se superpose à une réalité ethnique particulière. Les populations indigènes sont clairement au bas de l’échelle sociale. Il est à espérer que l’EZLN puisse, avec d’autres mouvements progressistes, construire un rapport de force solide et peser notamment sur les élections présidentielles de l’année prochaine en vue de favoriser à terme l’avènement au Mexique d’une démocratie populaire multi-ethnique.

1 Ejercito Zapatista de Liberacion Nacional.

2 http://www.sipaz.org/data/chis_es_02.htm

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La stratégie du pourrissement ou l’actualisation de la doctrine Monroe

Publié par carlosmilitant le 15 décembre 2009

L’élection de Barack Obama à la présidence des États-Unis était porteuse de beaucoup d’espoirs au sein de ce qu’il est convenu d’appeler «communauté internationale ».  Le nouvel occupant de la Maison Blanche allait devenir un chantre du multilatéralisme et refermer la funeste parenthèse des années « Bush ».

Si quelques signaux positifs ont été envoyés (discours du Caire sur l’Islam, volonté d’apaisement avec l’Iran,…), force est de constater que, dans les faits, l’administration Obama n’a pas marqué une rupture très nette avec la politique étrangère menée par George W. Bush.

Le cas des relations avec l’Amérique Latine est à cet égard intéressant. Cette région du monde est, depuis le mandat du président Monroe qui a légué à la postérité une célèbre doctrine sur la politique américaine dans cette zone, considérée par les État Unis comme une sorte de protectorat.

Ces dernières années avec l’avènement de chefs d’état de gauche dans différents pays d’Amérique Centrale et du Sud, l’influence étasunienne avait été mise à mal. L’Administration Bush avait établi des liens privilégiés avec le président colombien Alvaro Uribe et soutenu activement le volet militaire du plan « Colombie » notamment pour faire contre-poids aux visées anti-impérialistes des Chavez, Correa et autres Morales. Ces derniers voyaient plutôt d’un bon œil l’arrivée du progressiste Obama aux affaires à Washington. La gestion par la diplomatie américaine du coup d’état au Honduras est en train de les faire déchanter.

Alors que, dans un premier temps, le gouvernement américain avait condamné le putsch, Washington a maintenant décidé d’apporter son soutien aux élections présidentielles organisées par les putschistes. La validité de ce scrutin est pourtant contestée par la majorité des états d’Amérique Latine et par l’Espagne. Barack Obama aura beau jeu de prétexter qu’il a été mis devant le fait accompli et qu’en définitive ces élections pouvaient constituer une issue à une situation qui pourrissait depuis des  mois. Il n’empêche qu’il aura cautionné la reprise en main du Honduras par son oligarchie alors qu’une plus grande fermeté américaine aurait sans doute permis le retour au pouvoir du président Zelaya.

Ainsi, finalement, la doctrine Monroe reste d’application dans la mesure ou l’influence des États Unis même atténuée reste décisive dans la région. Obama semble l’avoir actualisée en renonçant aux interventions directes et en privilégiant une stratégie du pourrissement en vue de favoriser les intérêts américains en Amérique Latine.

Ceux qui étaient enthousiastes suite à l’élection de Barack Obama doivent commencer à se demander si un homme peut changer un système!

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Le pathétique combat d’arrière-garde de l’oligarchie hondurienne

Publié par carlosmilitant le 3 juillet 2009

Les événements survenant en ce moment au Honduras nous renvoient directement aux pires heures de l’histoire de l’Amérique latine. En fait, la situation qui prévaut aujourd’hui dans ce petit état d’Amérique centrale est à la fois préoccupante et pathétique. Préoccupante parce que l’imposition d’un couvre-feu et de la présence visible dans les rues de forces armées à la solde d’une oligarchie qui craint d’être dépossédée de son pouvoir est potentiellement explosive. Pathétique parce que le président installé au pouvoir suite au coup d’état ne bénéficie d’aucune crédibilité puisqu’il a été désavoué tant par la majorité de la population hondurienne que par l’ensemble de la Communauté internationale.

drapeau honduras

Il semble que les instigateurs du coup d’état se croient revenus quelques années en arrière à l’époque où des chefs d’état démocratiquement élus pouvaient être déposés par les militaires avec le soutien de certaines puissances étrangères. Ce temps semble fort heureusement révolu. Même les Etats-Unis, dont l’influence néfaste dans le renversement de plusieurs présidents latino-américains n’est ignorée de personne, ont condamné le récent putsch au Honduras.

A la base, le Président Zelaya n’avait pourtant rien d’un dangereux révolutionnaire. Candidat du Parti Libéral du Honduras et élu Président de la République en 2005, ce fils d’un grand propriétaire terrien ne semblait pourtant pas vraiment prédestiné à incarner une franche menace pour l’oligarchie hondurienne. Son rapprochement avec son homologue nicaraguayen, le sandiniste Ortega, et le fait d’avoir fait adhérer le Honduras à l’ALBA (Alternative Bolivarienne pour les Amériques) ont apparemment suffi à lui attirer les profondes inimitiés des classes possédantes honduriennes.

Dans une Amérique Latine dans laquelle s’ancrent durablement des gouvernants de gauche soutenus par les masses populaires, l’offensive de l’oligarchie hondurienne peut s’assimiler à une sorte de combat d’arrière-garde.

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Crise en Amérique latine : Uribe en paladin de l’Empire ?

Publié par carlosmilitant le 9 mars 2008

Alors que les tensions entre la Colombie, le Venezuela et l’Equateur semblent s’apaiser, il est légitime de s’interroger sur les causes de cette escalade qui a mené à la rupture des relations diplomatiques de certains pays d’Amérique Latine et au déploiement d’effectifs militaires dans plusieurs zones frontalières.

L’attitude du gouvernement colombien laisse perplexe à bien des égards. D’une part, l’incursion militaire en Equateur constitue un précédent fâcheux en matière d’exportation sur tout un continent de conflits étatiques internes. C’est la première fois au cours de l’histoire de l’affrontement entre l’état colombien et les FARC, qui dure pourtant depuis plusieurs dizaines d’années, qu’une opération militaire de moyenne envergure est lancée au-delà des frontières colombiennes.

D’autre part, pour la première fois depuis des années, des perspectives réelles d’une libération négociée des otages détenus par les FARC existe grâce à la mobilisation de l’opinion mondiale autour d’une personnalité comme IngridBetancourt et surtout à l’efficace travail de médiation d’Hugo Chavez. Cependant Alvaro Uribe a précipitamment mis fin à la mission de médiateur de président vénézuélien, autorisé le bombardement de zones où des libérations d’otages étaient prévues et, ce qui a provoqué la crise actuelle, éliminé le numéro deux des FARC lors d’une opération militaire menée en Equateur. Il est clair que le Président colombienne privilégie pas une issue négociée pour ce qui est de la problématique des otages. Tout comme il ne semble pas disposé à faire un cadeau politique à son meilleur ennemi Hugo Chavez, quelque part sa parfaite antinomie en matière idéologique, en le laissant se présenter aux yeux du monde comme le libérateur d’Ingrid Betancourt.

Au-delà de l’inimité personnelle et politique qui lie Uribe à son homologue vénézuélien, il convient de remettre les choses dans un contexte plus global. Il n’échappe à personne que l’administration Bush n’a pas très bien vécu le fait que plusieurs pays d’Amérique Latine se soient dotés de dirigeants progressistes ces dernières années. Sachant que les américains ont investi des moyens conséquents en Colombie pour renforcer l’armée régulière et lui permettre de lutter plus efficacement contre les narcotrafiquants et le « terrorisme », ils ne sont sans doute pas loin de considérer la Colombie comme une sorte de poste avancé dans un continent qui leur est de plus en plus hostile. Chavez, fustigeant constamment l’impérialisme US et ne faisant pas mystère de sa volonté de fédérer les états progressistes d’Amérique Latine autour d’un projet politique alternatif,est clairement dans la ligne de mire des américains. Il est donc à craindre que les provocations colombiennes à l’égard du bouillant président vénézuélien se multiplient tant ce dernier est devenu l’homme à abattre pour les Etats Unis. Si le financement des partis d’opposition n’a pas donné les résultats escomptés puisque Chavez a remporté tous les scrutins depuis 1999 à l’exception du dernier référendum et que le coup d’état de 2002 s’est révélé un cuisant échec, l’Administration Bush n’a sans doute pas encore abandonné la partie. Dès lors, le risque existe de voir la Colombie, pousséepar les Etats Unis, provoquer le confrontation militaire avec le Venezuela. Il faut dire qu’au niveau des forces en présence, la balance penche clairement en faveur de la Colombie. Celle-ci compte, en grande partie grâce au soutien américain l’armée la plus nombreuse, la mieux entraînée et la plus équipée de la région. L’issue d’une escalade belliqueuse entre la Colombie et le Venezuela serait donc vraisemblablement favorable aux intérêts américains.

Il faudra donc être attentif, dans les prochains mois, à l’évolution de la situation dans la région et à la stratégie de déstabilisation et de provocation qu’Uribe pourrait mener à l’encontre du Venezuela notamment dans le but d’offrir à son allié inconditionnel G.W. Bush un bien beau cadeau pour son départ de la maison blanche .

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