Carlos militant

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2012-2017, la résistible ascension de Marine L.?

Publié par carlosmilitant le 2 mai 2012

Le dimanche 7 mai 2017 19H53. Les journalistes politiques de la télévision publique française font la moue. Dans quelques minutes, les résultats des élections présidentielles apparaitront dans une infographie qui montrera les visages des deux candidats au second tour de l’élection présidentielle. Après l’espoir de changement qu’il incarna et quelques mesures encourageantes, François Hollande ne pu imposer un changement de cap économique à l’Union Européenne et a déçu bon nombre de ses partisans. En face, Marine Le Pen a fait campagne sur l’impuissance du candidat sortant face au capitalisme mondialisé davantage que sur les propositions de son hétéroclite Mouvement pour une République Nationale et Sociale. Les sondages donnaient les deux candidats au coude à coude. L’heure de vérité approche….

Cette ébauche de fiction a-t-elle une chance de se réaliser? Au risque de compromettre le plaisir partagé de la délectation de l’ambiance de fin de règne en Sarkozie, il faudrait tout de même l’envisager. Une analyse lucide du rapport de force politique en France et des perspectives d’avenir s’impose en vue d’anticiper voire de résoudre des problèmes qui ne manqueront pas de se poser dans les cinq ans à venir. Quelques éléments pour apporter une modeste contribution à cette réflexion salutaire…

 

Tout d’abord, la défaite annoncée de Nicolas Sarkozy préfigure vraisemblablement la recomposition la plus conséquente de la Droite française depuis que les généraux « algériens » obtinrent le retour en politique du Général De Gaulle. Pour des raisons peut être moins liées à ses convictions personnelles qu’à son opportunisme politique, le président français a détruit les balises républicaines dans lesquelles se déployait la pensée politique de la droite classique gaulliste ou non. En exaltant l’Identité Nationale et l’héritage de la chrétienté, en attisant les peurs vis à vis de certaines communautés (Roms, musulmans,..), en stigmatisant les syndicats coupables de politisation et de trahison envers les salariés, Nicolas Sarkozy et ses nervis ont construit leur communication en puisant dans le champ lexical de la Droite d’avant la seconde Guerre mondiale. Cette immersion dans la mare stagnante des idées qui étaient l’apanage de l’extrême-droite depuis 1945 a été acceptée par son camp avec plus ou moins d’enthousiasme. Si certains à l’image de Villepin voire Borloo se rassureront de voir se refermer la parenthèse sarkozyste, il semble acquis que l’après-Sarko s’initiera par la traversée d’une zone de turbulence majeure pour l’UMP dont l’issue est incertaine mais aussi inquiétante. La transgression de différents tabous républicains par Sarkozy et ses hommes de confiance tout au long du quinquennat aura vraisemblablement des conséquences durables. Hortefeux ou Guéant ne vont pas renier leur positionnement même après le retrait de leur champion. Copé ou Fillon, s’ils veulent prendre le contrôle de l’UMP (ou de ce qu’il en restera !) devront composer avec cette réalité. On peut faire aussi faire l’hypothèse de l’éclatement du parti présidentiel et du ralliement des plus « ultras » à Marine Le Pen et à la nouvelle formation politique qu’elle s’apprête à lancer.

 

Marine Le Pen a fait des efforts conséquents pour lisser son image. La friandise est certes toujours aussi rance mais l’emballage devient presque attrayant. De plus, la récupération par le plus haut dignitaire de la République française de certains éléments constitutifs de l’idéologie du FN a sans doute  contribué à renforcer la fréquentabilité du FN auprès de divers faiseurs d’opinions. Marine Le Pen pourrait donc, tout en repaissant de l’échec du Sarkozysme, bénéficier de la caisse de résonance pour ses idées qu’a été le quinquennat finissant. Si, de surcroît, la gauche au pouvoir déçoit l’électorat populaire de plus en plus enclin à suivre les sirènes populistes, alors les progressistes peuvent commencer à s’inquiéter.

 

Si la responsabilité qui pèse sur les épaules de François Hollande est énorme, les voix qui s’offrent à lui ne sont cependant pas toutes dénuées d’issues. Faire du social-libéralisme là ou un changement de direction économique s’impose serait clairement une faute politique majeure. Tout comme laisser l’adversaire imposer ses thématiques à l’agenda et se faire enfermer dans un débat sur le sécuritaire n’a pas fort réussi à son prédécesseur premier secrétaire du PS. La présidence de centre-gauche serait alors particulièrement vulnérable aux assauts d’une Marine Le Pen ratissant à gauche et à droite en fustigeant concomitamment les méfaits des élites financières et les actes délictueux des immigrés! Il faut absolument qu’il concrétise sa promesse du changement notamment par rapport à la redistribution et à la justice sociale mais aussi avec des politiques publiques de relance économique, seule option viable pour générer la richesse à répartir. Dans le cas ou les électeurs confirment sa victoire annoncée, la mission de François Hollande sera double: à la fois la préservation de l’héritage des Lumières et des conquêtes sociales, à la fois le recouvrement de la primauté du politique sur l’économique. S’il échoue, et les forces de l’argent et de la réaction vont tout mettre en œuvre pour que cela arrive dès lundi prochain, les heures les plus sombres de la République seront encore à venir.

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Esprit es-tu libre?*

Publié par carlosmilitant le 16 mars 2012

Les libres penseurs doivent impérativement se méfier de l’emprise  que le sacré peut avoir sur leur capacité à appréhender la réalité, à analyser la complexité du monde. En effet, la raison ne saurait souffrir d’aucune entrave à son déploiement à fortiori sous la forme d’un icône à aduler ou d’un veau d’or à vénérer qui atténuerait sa capacité à prendre une distance salutaire favorisant la construction d’un jugement critique. Ainsi, il semble que la sacralisation de l’ULB comme temple du libre examen relève d’une posture peu compatible avec l’objectivité nécessaire à l’appréciation pertinente  de certains faits se déroulant en son sein.

La perturbation puis l’interruption de la conférence sur l’extrême droite organisée le 7 février dernier  à l’ULB a été considérée par beaucoup comme une espèce de  sacrilège foulant aux pieds les valeurs fondamentales de l’université libre-exaministe. Pourtant, pour peu que l’on mette de côté les représentations idéalisées du débat universitaire, il est possible de relativiser la « gravité » des faits. La « Burqa Pride » annoncée préalablement sur les réseaux sociaux a pris la forme d’une sorte d’ « happening » vociférant et costumé qui a momentanément rendu impossible la poursuite d’un débat. Avec un brin de détachement, on peut la voir comme un acte provocateur destiné à faire passer un message. Certes, la provocation peut être considérée comme puérile ou contre-productive et on peut ne pas souscrire au message mais il convient de ramener les faits à leur juste proportion. Une conférence a été interrompue- le modérateur Guy Harscher a confirmé en direct sur la Première qu’elle avait débuté – à l’ULB en raison d’un chahut organisé. L’objet de ce texte n’est pas de débattre du contenu du message des chahuteurs ni de leur mode d’expression – l’auteur de ces lignes n’était pas présent sur place-mais de s’interroger sur la surmédiatisation des faits. Les événements survenus la semaine dernière ont fait la une de la presse écrite et audiovisuelle et il est intéressant de réfléchir aux causes mais aussi aux conséquences de la publicité faite à cette action.

 

L’image d’Epinal de l’Université comme enceinte inviolable où l’échange d’idées se veut toujours respectueux voire policé, comme temple sacré du débat démocratique, pourrait constituer une explication à la démesure de la couverture des faits et à la virulence des commentaires. D’autres explications possibles sur la crucifixion  par l’opinion publique des « profanateurs » sont plus inquiétantes. Au vu du Maelström de réactions passionnées dans les médias et surtout des réactions outragées (mais aussi des outrages réactionnaires !) qui ont fleuri dans les réseaux sociaux et les forums internet, il convient de s’interroger sur notre capacité à décoder certaines informations. Une hypothèse vient à l’esprit : en égrenant certains mots-clés comme « intégristes », « burqa », « musulmans », on renvoie à certains clichés de l’imaginaire collectif avec pour résultat d’exacerber les passions  et conséquemment  de provoquer un emballement médiatique disproportionné.

Toutes les valeurs généralement invoquées par les détracteurs de la « Burqa Pride » sont évidement essentielles et tout démocrate qui se respecte ne peut qu’y souscrire. Il est heureux que la défense de la laïcité, du débat d’idées, de la liberté d’expression  soient encore des combats mobilisateurs. Toutefois, il est opportun de se demander si ces causes pour nobles qu’elles soient justifient pleinement la mise au ban de la communauté universitaire de tous les contestataires, les irrévérencieux, les marginaux, ceux qui rejettent le cadre et les codes usuels du débat académique. Comparaison n’est pas raison mais ceux, qui au sein  de cette Institution, ont mené, notamment en mai 68, des luttes pour la démocratisation qui contribuent à sa grandeur n’ont pas toujours restreint l’expression de leur contestation aux carcans imposés par l’autorité. Loin s’en faut ! L’Esprit sera-t-il plus  libre le jour où retentira dans le campus un très  martial et sentencieux « l’ordre règne à l’ULB ! » ? Pour osée qu’elle soit, l’analogie n’est pas moins audacieuse que de crier au fascisme dès qu’une conférence doit être interrompue.

* Cet article a été publié dans la rubrique opinion de “Libre Belgique” le 22 février 2012 (  http://www.lalibre.be/debats/opinions/article/721336/esprit-es-tu-libre.html)

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Entre âneries et clowneries, l’humour (la patience?) des Schaerbeekoises et des Schaerbeekois soumis à rude épreuve!

Publié par carlosmilitant le 15 janvier 2012

carnaval de Schaerbeek (8) - Sudpresse.be
carnaval de Schaerbeek (8) – Sudpresse.be

Le moins que l’on puisse écrire est qu’une certaine fébrilité est perceptible dans les rangs de la liste du Bourgmestre schaerbeekois en ces premières semaines de précampagne. Différents éléments récents laissent transparaître que l’équipe autour du Bourgmestre Bernard Clerfayt ne semble pas respirer la sérénité au moment de se mettre en ordre de bataille pour aller, dans quelques mois, solliciter un troisième mandat devant l’électeur. Ainsi, l’absence de communication claire et la nervosité autour de l’arrivée (avortée ?) de Louis Michel à Schaerbeek en ont surpris plus d’un. L’intéressé a certes démenti les rumeurs en les qualifiant d’ « âneries[1] ». Affaire à suivre, mais il est surprenant que Bernard Clerfayt et son équipe n’aient pas été en capacité d’avoir une communication cohérente et officielle sur le sujet.  La liste du Bourgmestre s’est par contre distinguée dans les médias par l’entremise d’un toutes-boîtes qui suscita la polémique[2]. En optant résolument pour la stigmatisation de deux autres communes bruxelloises dans la publication  « Schaerbeek Ensemble »[3], le MR-FDF n’aura pas rassuré ceux qui redoutent une campagne délétère et peu axée sur le débat d’idées à l’instar de la campagne de 2006.

Bien sûr, il est compréhensible que la liste du Bourgmestre veuille rééditer la stratégie gagnante qui a permis le succès qu’on lui connaît lors du dernier scrutin communal. En jouant presque exclusivement sur la polarisation du débat politique schaerbeekois entre Bernard Clerfayt le Bourgmestre sortant et la nouvelle venue occupée à d’autres fonctions qu’était Laurette Onkelinx, le MR-FDF a obtenu des résultats spectaculaires. Le message était assez basique mais néanmoins percutant. On pourrait le résumer à la formule des 2×100% dont Bernard Clerfayt était l’emblématique incarnation: 100% Schaerbeekois et 100% Bourgmestre. L’objectif étant de faire passer l’idée que Laurette Onkelinx n’était pas vraiment schaerbeekoise et qu’en cas d’accession au mayorat elle ne serait pas pleinement disponible en raison de sa présence au Gouvernement Fédéral. Cette véritable règle d’or de la communication politique de la liste du Bourgmestre durant la campagne de 2006 s’est avérée, comme on le sait, payante.

Le problème est qu’entre 2006 et 2012, la donne a quelque peu changé. Tout d’abord, Laurette Onkelinx est schaerbeekoise depuis maintenant 6 ans. Certes, il sera toujours de bon de ton de persister à associer de manière quasi pavlovienne la Vice-Première et la localité wallonne où elle dispose d’une maison de campagne mais les citoyens pourraient finir par montrer des signes de lassitude par rapport à cette propagande monomaniaque. Il faudra donc peut-être passer à autre chose. L’argument de la Vice-Première qui en cas de victoire électorale n’assumerait pas pleinement ses fonctions mayorales peut encore resservir. Sauf qu’entretemps, Bernard Clerfayt a passé 3 ans 8 mois et deux semaines comme bourgmestre empêché car membre du même Gouvernement que Laurette Onkelinx ! L’homme des 2×100% aura ainsi passé 57% de son mandat à déléguer ses attributions à une bourgmestre faisant fonction. Néanmoins, il faut reconnaître le bourgmestre sortant a de la ressource et qu’il peut espérer inventer de nouvelles formules gagnantes grâce à des talents créatifs encore sous-exploités[4].

L’arrivée éventuelle de Louis Michel serait sans doute moins liée à l’existence factuelle d’un pied-à-terre schaerbeekois à usage de l’ancien Commissaire Européen qu’à certaines velléités de faire évoluer le  rapport de force interne à la liste du Bourgmestre dans un sens plus favorable aux libéraux. L’effet « Clerfayt » (ou plutôt l’effet anti-Onkelinx) de 2006 a creusé un écart abyssal entre le Maïeur de Schaerbeek et les autres faiseurs de voix de sa liste. Avec respectivement 1906, 1869 et 1787 voix, le trio libéral Verzin-Noel-Guillaume pèse moins que la moitié du score de Clerfayt. Nul doute que l’arrivée d’une pointure comme Louis Michel permettrait de rééquilibrer les négociations internes tant pour la constitution des listes que pour l’octroi des mandats scabinaux. Cela pourrait en partie expliquer certaines choses.

En guise de conclusion et de voeux pour l’année à venir, il reste à espérer que les schaerbeekois pourront, malgré quelques premiers signaux décourageants, avoir droit à une campagne électorale constructive entre des adversaires mutuellement respectueux et soucieux de convaincre les électeurs sur base de leurs projets politiques respectifs.

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La guerre sociale contre les pleins pouvoirs aux marchés?

Publié par carlosmilitant le 26 novembre 2011

Après le printemps arabe porteur de tant d’espoirs d’émancipation, il semble qu’il faille nous résoudre à l’automne technocratique charriant des perspectives de régression sans précédent. Les cas de la Grèce et de l’Italie sont emblématiques de la mise sous tutelle brutale d’états nationaux au profit d’intérêts supranationaux. Des chefs de gouvernements légitimement élus -bien qu’éminemment critiquables- après avoir été contraints de se livrer à d’obscènes séances de danse du ventre devant les marchés, ont été priés de quitter la scène dans le déshonneur le plus complet.

Aujourd’hui la tendance des décideurs en Europe – pour faire court le duo Sarkozy-Merkel et les « experts » dont ils sont les relais-  semble être plutôt à favoriser la cooptation d’anciens de  banques d’affaires style Goldman and Sachs comme premier ministre à l’instar de Mario Monti en Italie que de promouvoir l’avènement de majorités politiques construites autour de dirigeants légitimés par un certain degré d’adhésion populaire à leur programme.

En Belgique aussi, des voix s’élèvent pour évoquer sérieusement la possibilité de mettre en place un gouvernement de technocrates1. D’aucuns spéculent sur la composition de cet exécutif technocratique et imaginent que les Colmant, Noels voire Maystadt (l’ex-politique aujourd’hui auréolé d’une expertise économique) pourraient faire mieux que les négociateurs qui planchent actuellement à la formation d’un gouvernement. Les représentants politiques classiques ne seraient pas en mesure de faire comprendre à leurs administrés qu’ils doivent prendre des mesures « nécessaires » détériorant leurs conditions d’existence et leurs acquis sociaux. Le fastidieux recours au suffrage universel briderait les politiques au moment de prendre des décisions « courageuses » car le peuple ne serait pas en capacité de comprendre le bienfondé des recommandations de la Commission Européenne ou de toute autre caisse de résonance de la pensée unique néolibérale. A l’instar de l’odieux chantage subi par le peuple grec, la tutelle internationale  dispose pourtant de moyens de pression pour imposer les réformes souhaitées mais cela ne semble plus suffire. Dès lors, confier le pouvoir à des « experts » ne devant aucunement rendre compte de leurs actes et passer sous les fourches caudines de l’opinion publique semble la voie toute tracée pour arriver à -Graal ultime- rassurer durablement les marchés. Les arguments de ceux qui appellent à la mise en place de gouvernements technocratiques sont pourtant bien moins originaux qu’inquiétants. Ils sont aussi cyniques et paternalistes que ceux utilisés à d’autres époques pour défendre le suffrage capacitaire ou l’oppression coloniale.

Outre l’antagonisme séculaire entre capital et travail, à l’origine de tant de luttes sociales, et en plus de l’offensive actuelle et très appuyée du patronat et de ses relais politiques, les travailleurs doivent avoir conscience qu’ils sont confrontés à une attaque frontale contre leurs droits civils et politiques que l’on croyait davantage consolidés que les droits économiques et sociaux. Le capitalisme semble être rentré dans une phase d’instabilité où le multipartisme et le parlementarisme qu’il tolérait comme une sorte d’accommodement raisonnable compatible avec le libre marché est au moins transitoirement remis en question. Dès lors, il importe de refuser avec fermeté de baisser la garde devant les velléités de mise en place d’un gouvernement de technocrates qui ne sera rien d’autre que la confiscation du droit de vote par ceux qui détiennent déjà l’essentiel du pouvoir économique. Si ces derniers sont près à aller jusqu’à un coup d’état technocratique dans le but d’imposer les recettes indigestes des pompiers-pyromanes de la finance, alors il faudra se préparer à une riposte d’envergure pour préserver notre modèle social et même le droit à choisir nos dirigeants. Si l’évolution du capitalisme rend définitivement incompatibles le  libre marché et la démocratie représentative alors il faut que les travailleurs en tirent les conclusions. Et il n’est que peu probable qu’elles aillent dans le même sens que celles des détenteurs de capitaux.

1Sans prétendre à l’exhaustivité citons http://www.levif.be/info/actualite/belgique/gouvernement-de-technocrates-pour-la-belgique-maystadt-premier-ministre/article-4000009473536.htm et http://archives.sudpresse.be/t-20111117-H3GXKE-0.jpg.

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Faut-il brûler la note du formateur?

Publié par carlosmilitant le 5 juillet 2011

L’exercice auquel je m’apprête à me livrer est inconfortable. Il s’agit d’apprécier politiquement du point de vue du militant de gauche que je suis une note de synthèse élaborée par un formateur issu des rangs de mon propre parti et dont la finalité est de servir de base aux discussions entre différents partis en vue d’aboutir à une réforme institutionnelle et à un accord gouvernemental dans le contexte d’une crise de régime. L’utilisation de cette dénomination n’est pas dénuée d’intérêt. J’y reviendrais.

Tout d’abord, je tiens à faire savoir que je suis en total désaccord avec différentes dispositions qui se retrouvent dans la note. En effet, mon attachement viscéral à la défense des intérêts des classes populaires entraîne naturellement mon plus total désaccord avec des propositions visant à limiter ou restreindre le droit à des revenus de remplacement décents, le droit à la retraite anticipée ou l’accès pour les migrants à la citoyenneté pleine et entière. D’autres dispositions me semblent particulièrement critiquables comme le renforcement du deuxième et troisième pilier de pensions, le blocage pendant deux ans du salaire des fonctionnaires et la réduction de la norme de croissance des soins de santé.

Toutefois, il faut relever la volonté réelle de recherche de consensus qui a manifestement présidé à l’élaboration de la note. La note est écrite de manière à ce que chaque formation politique autour de la table réalise qu’elle  a beaucoup à perdre en rejetant la note. Ainsi, même en se plaçant dans une optique résolument progressiste, diverses mesures proposées par le formateur comme l’augmentation de la taxation sur le capital, le recalibrage des intérêts notionnels ou la revalorisation des allocations sociales sont nettement positives.

Comment se positionner vis à vis de la note à ce stade? Clairement dans une situation habituelle, si un accord de majorité auquel le PS participe reprenait certains éléments inacceptables précités, j’appellerais publiquement à rejeter la participation au gouvernement. Cependant, il convient de rappeler qu’il s’agit d’un document de négociation, élaboré en vue de relancer des discussions à ce jour au point mort et non d’une déclaration de politique gouvernementale aboutie qui balisera l’action du pouvoir exécutif. La différence est de taille car le contenu n’est pas encore figé. Ce document est une base de travail qui sera susceptible de fluctuer sensiblement en fonction du rapport de force politique. Dès lors, il est impératif que les organisations syndicales se préparent à faire monter la pression dans le cadre de la rentrée sociale pour peser sur le débat (particulièrement en Flandre) en vue de garantir des avancées substantielles dans le texte verrouillé que constituerait la déclaration de politique gouvernementale. Refuser la discussion, faire capoter l’actuel processus et retourner en septembre devant les électeurs cela aura pour conséquences vraisemblables de renforcer encore plus les forces réactionnaires en Flandre et de complexifier encore plus la donne. En ce qui me concerne, je ne pense donc pas qu’il faille rejeter en tant que tel le document proposé par Elio Di Rupo.

Indubitablement construite autour des priorités de différentes formations aux visions de société plus que divergentes, il s’agit d’une note qui peut préfigurer un accord gouvernemental d’union nationale dont l’avènement est peut être aujourd’hui rendu nécessaire par la crise institutionnelle et politique majeure que connait la Belgique aujourd’hui. Je n’ai pas réussi à me procurer l’accord de gouvernement de l’exécutif Van Acker I (février -Août 45) qui a eu à gérer une période difficile au sortir de la seconde guerre mondiale. Je fais néanmoins l’hypothèse que ses composantes libérales, catholiques, communistes et socialistes ne devaient pas avoir facile à construire et mettre en œuvre un projet commun. Les commentateurs qui se plaisent tant à expliquer à Elio Di Rupo qu’il doit s’inspirer de Blair ou de Schroder devraient davantage s’intéresser au travail d’un Achille Van Acker qui fédéra autour de lui l’ensemble des forces politiques du pays et géra de front la question royale et la relance économique. La référence me paraît plus porteuse mais ce n’est que mon humble avis.

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ULB : Restauration de l’ancien régime ou nouvelle étape de démocratisation?

Publié par carlosmilitant le 15 octobre 2010

Note de l’auteur : les lignes qui suivent constituent la version intégrale d’un texte publié dans la rubrique opinion de la “Libre Belgique” : http://www.lalibre.be/debats/opinions/article/617022/contestation-a-l-ulb.html

En tant qu’ancien de l’ULB, j’ai été assez surpris d’apprendre la démission du recteur de cette institution et même franchement déconcerté par la justification qu’il en a donné. Dans un communiqué(1) en date du 21 septembre, Monsieur Vincke a dénoncé la « logique de clans » qui « gangrène » le conseil d’administration et les agissements de « stratèges assoiffés de pouvoir ». Son départ fait suite notamment à la décision du conseil d’administration de ne pas accorder sa confiance à deux vice-recteurs qu’il avait proposé. Mon propos n’est nullement de commenter ni le bienfondé de sa décision ni les qualités des personnes dont la candidature n’a pas recueilli l’assentiment de l’instance décisionnelle de l’ULB. Il s’agit plutôt d’élargir la réflexion et de remettre les faits dans un contexte.

Le conseil d’administration d’avant les « événements » de mai 68 était une assemblée de notables. Ceux-ci étaient davantage soucieux du prestige de l’institution (ou plutôt de l’idée qu’ils s’en faisaient) que des aspirations des étudiants, des professeurs et des autres membres du personnel de cette institution. Suite au mouvement du tumultueux cinquième mois de l’année 1968, les statuts de l’université furent adaptés en vue de permettre aux différents acteurs de l’ULB de désigner leur représentants au sein de l’organe de gestion de l’université. L’université était désormais gérée de manière participative en associant à la prise de décision les délégués des corps académiques, des corps scientifiques, du personnel technique, administratif et de gestion et même des étudiants. Ce fut une véritable révolution, certes peut être pas exactement celle rêvée par ceux qui avaient battu le pavé, mais qui plaça l’ULB à l’avant-garde en matière de démocratisation des structures décisionnelles des établissements d’enseignement supérieur. Il fallut attendre 2003 et le décret « participation » de la Ministre Françoise Dupuis, pour voir la représentation étudiante garantie dans les conseils d’administration de l’ensemble des universités de la Communauté française. Toutefois, ce serait faire offense à la vérité que de dire que la pratique démocratique au sein du CA de l’ULB fut toujours idyllique et respectueuse du poids réel des différents corps. Ainsi, les luttes d’influence et la confrontation de visions différentes voire d’intérêts divergents parsemèrent de manière récurrente l’ordre du jour des différentes réunions des conseils d’administration organisés depuis plus de quarante ans. Je fais l’hypothèse que la « logique de clans » évoquée par le recteur démissionnaire recouvre cette réalité-là. Rien de neuf ni même de très choquant puisque, dans une assemblée démocratique et représentative, l’établissement d’un rapport de force entre une majorité et une minorité relève d’une logique assez habituelle. Tout qui est passé par les arcanes de l’ULB sait que les délégués du corps scientifique, du personnel administratif, technique et de gestion et des étudiants constituaient les corps minoritaires par opposition aux représentants des corps académiques et à leur primus inter pares : le recteur. La différence tient peut-être à ce que les contours historiques de la majorité et de la minorité semblent s’estomper. Alors que l’essentiel du pouvoir a été longtemps concentré aux mains d’une certaine oligarchie rectorale composée du recteur, de ses doyens et des représentants du corps académique, il semble qu’aujourd’hui le centre de gravité soit en train de changer au vu du vote du CA du 20 septembre sur les vice-recteurs proposés par le recteur.

Ceux qui questionnent aujourd’hui la légitimité du CA, instance perfectible mais élue au suffrage universel des différents acteurs de l’institution, seraient moins suspects de vouloir s’accrocher à leurs privilèges s’ils ne se cantonnaient pas à des questionnements factuels et à des attaques de personnes. S’ils demandaient des réformes statutaires pour que les différents corps soient représentés dans les organes de décision à concurrence du poids numérique qui est le leur. Ou à tout le moins de modifier la composition du CA afin d’obtenir une représentation équilibrée de différents corps. Ou encore dans un registre moins audacieux de faire comme à l’UCL : organiser une élection du recteur au suffrage universel des différents acteurs composant l’université!

La question n’est pas de savoir qui des prétendus « stratèges assoiffés de pouvoir » ou des oligarques avérés désireux de conserver ledit pouvoir va sortir victorieux du bras de fer actuel. Ni même de savoir qui sera le prochain recteur ou le prochain président du CA. L’ULB est à la croisée des chemins entre la restauration des privilèges de certains corps et la nouvelle étape d’une démocratisation de ses instances décisionnelles!

Carlos CRESPO
Diplômé de l’ULB
Ex-permanent de la délégation étudiante de l’ULB
(1) http://wwwdev.ulb.ac.be/db/revue/articles/21092010/21092010REF_901.pdf

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Louis Michel et le temps des colonies : ou comment le grand humaniste justifie l’usage de la chicotte et les mains coupées!

Publié par carlosmilitant le 24 juin 2010

Les récents propos de Louis Michel, ami autoproclamé de l’Afrique, sur Léopold II et son entreprise de colonisation du Congo, constituent un exemple manifeste de la haute opinion des classes dominantes occidentales sur leur œuvre émancipatrice vis-à-vis des peuples colonisés. Dans un entretien à l’hebdomadaire « P Magazine » repris en partie par « Le soir » en ligne(1), il puise dans les poncifs récurrents des nostalgiques de l’époque coloniale : « Les Belges ont construit le chemin de fer, des écoles et des hôpitaux et mis en marche la croissance économique ». Il va jusqu’à nous partager une très sentencieuse voire messianique envolée : «  « Mais à un moment -et ça, on ne peut dire le contraire- la civilisation est arrivée »… Dans la bouche d’un homme de droite, ce genre de considérations n’est pas de nature à surprendre. Toutefois, j’avais tendance à identifier Louis Michel comme étant porteur de convictions humanistes sincères. Sur la question du conflit israélo-palestinien, avec une approche principalement humanitaire, il avait tenu la dragée haute face à des propagandistes zélés de l’État d’Israël comme Joël Rubinfeld sur certains plateaux télés ou Viviane Teitelbaum en interne MR. Il semble que le sort des malheureuses victimes des exactions perpétrées sous le joug colonial suscite moins d’émotion dans le chef de l’ancien Ministre des Affaires Étrangères.

La position de Louis Michel sur le Congo belge s’aligne fidèlement sur celle du roi Baudouin et du Gouvernement belge de l’époque de la fin de la colonisation. En pleine commémoration des cinquante ans de l’indépendance, il est particulièrement instructif d’y revenir. Le début du discours que le souverain prononça le 30 juin 1960 dans ce qui s’appelait encore Leopoldville est assez révélateur du manque de regard critique envers l’action de Léopold II au Congo : «   L’indépendance du Congo constitue l’aboutissement de l’œuvre conçue par le génie du Roi Léopold II, entreprise par lui avec un courage tenace et continuée avec persévérance par la Belgique. Elle marque une heure décisive dans les destinées non seulement du Congo lui-même, mais je n’hésite pas à l’affirmer, de l’Afrique tout entière. » Louis Michel s’est sans doute construit son opinion éclairée sur les réalisations des colonisateurs belges en parcourant ledit discours : « Le Congo a été doté de chemins de fer, de routes, de lignes maritimes et aériennes qui, en mettant vos populations en contact les unes avec les autres, ont favorisé leur unité et ont élargi le pays aux dimensions du monde. Un service médical, dont la mise au point a demandé plusieurs dizaines d’années, a été patiemment organisé et vous a délivré de maladies combien dévastatrices. Des hôpitaux nombreux et remarquablement outillés ont été construits. L’agriculture a été améliorée et modernisée. De grandes villes ont été édifiées et à travers tout le pays les conditions de l’habitation et l’hygiène traduisent de remarquables progrès. Des entreprises industrielles ont mis en valeur les richesses naturelles du sol. L’expansion économique a été considérable, augmentant ainsi le bien-être de vos populations et dotant le pays de techniciens indispensables à son développement ». Bwana Kitoko, surnom donné au chef de l’état par certains colonisés, n’eut même pas le bon goût d’épargner à l’assistance un couplet paternaliste : « C’est à vous, Messieurs, qu’il appartient maintenant de démontrer que nous avons eu raison de vous faire confiance ».

Louis Michel aurait mieux fait de s’intéresser davantage à la réplique de Patrice Lumumba qui indisposa ses anciens maitres en prenant la parole après Baudouin 1er : « Nous avons connu le travail harassant exigé en échange de salaires qui ne nous permettaient ni de manger à notre faim, ni de nous vêtir ou de nous loger décemment, ni d’élever nos enfants comme des êtres chers. Nous avons connu les ironies, les insultes, les coups que nous devions subir matin, midi et soir, parce que nous étions des nègres. Qui oubliera qu’à un noir on disait « Tu », non certes comme à un ami, mais parce que le « Vous » honorable était réservé aux seuls blancs ? Nous avons connu nos terres spoliées au nom de textes prétendument légaux, qui ne faisaient que reconnaître le droit du plus fort, nous avons connu que la loi n’était jamais la même, selon qu’il s’agissait d’un blanc ou d’un noir, accommodante pour les uns, cruelle et inhumaine pour les autres. Nous avons connu les souffrances atroces des relégués pour opinions politiques ou  croyances religieuses : exilés dans leur propre patrie, leur sort était vraiment pire que la mort même. Nous avons connu qu’il y avait dans les villes des maisons magnifiques pour les blancs et des paillotes croulantes pour les noirs : qu’un noir n’était admis ni dans les cinémas, ni dans les restaurants, ni dans les magasins dits européens, qu’un noir voyageait à même la coque des péniches au pied du blanc dans sa cabine de luxe.
Qui oubliera, enfin, les fusillades où périrent tant de nos frères, ou les cachots où furent brutalement jetés ceux qui ne voulaient pas se soumettre à un régime d’injustice ».

Vraisemblablement, Patrice Lumumba paya de sa vie l’outrecuidance qu’il a eu en dénonçant publiquement l’ignominie de la colonisation. Aujourd’hui, il importe d’avoir une analyse lucide et sereine de ce qu’a été la présence belge au Congo. Un devoir de mémoire s’impose à nos dirigeants quant aux crimes commis tant par les soudards de Léopold II que par les armées régulières belges au Congo. Visiblement, Louis Michel, d’ordinaire si volontaire pour exiger le respect du droit international, a du mal à dépasser un certain chauvinisme (pour ne pas dire un suprématisme certain) quand il s’agit d’évoquer l’histoire coloniale.

(1)http://www.lesoir.be/actualite/belgique/2010-06-22/congo-louis-michel-prend-la-defense-de-leopold-ii-777638.php

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L’allocation universelle : Le nouveau cheval de Troie du Capital contre le Travail?

Publié par carlosmilitant le 30 mai 2010

Bien qu’il s’agisse d’un débat encore très théorique à ce stade, il m’a semblé utile de contribuer humblement à la réflexion sur la pertinence d’une allocation universelle. Certains s’y opposent en raison du coût conséquent que la mise en place d’un tel revenu (dont le montant reste à définir mais il est difficilement concevable qu’il soit en-dessous du seuil de pauvreté s’élevant en 2009 à 878 euros[1])pour les 10.000.000 de belges engendrerait pour la collectivité.  Je ne partage pas ce point de vue. En effet, pour peu que la revendication soit pertinente, il ne s’agit que d’un choix politique à faire, et concomitamment de moyens supplémentaires à dégager, en vue d’améliorer la qualité de vie de nos concitoyens. Seulement, en l’espèce, la revendication ne me semble pas pertinente. J’irai même plus loin, sa mise en place signifierait une régression sociale généralisée qui mettrait à mal les mécanismes de protection sociale et de redistribution des richesses.

Intellectuel pourtant généralement considéré comme « de gauche », Philippe Van Parijs[2] s’est érigé, dans nos contrées, en principal promoteur de l’allocation universelle. Derrière les sophismes d’usages on perçoit, dans une interview réalisé en 2002[3] les risques manifestes de dérives :  « En un sens évident, l’allocation universelle implique, sinon un démantèlement, en tout cas un affaiblissement de la relation salariale : d’une manière désormais tout à fait visible, une part beaucoup plus importante du revenu des citoyens leur serait distribuée par l’État en tant que citoyens, et une part nettement moins importante par leurs employeurs en tant que travailleurs salariés. En un sens plus subtil, elle renforce la relation salariale en l’adaptant à la réalité économique et sociale du XXIe siècle : principalement en facilitant un va-et-vient plus fluide, des combinaisons plus souples entre travail, vie familiale et formation qui facilitent l’entrée dans la vie professionnelle pour les jeunes, mais aussi les réorientations et reprises de souffle en cours de carrière (professionnelle et familiale) qui permettent d’éviter d’être épuisé et inemployable bien avant l’âge normal de la retraite. »

A ce stade de la réflexion, il importe de revenir à ce qu’est le salariat. Certes, il s’agit historiquement d’un rapport social construit sur l’exploitation des travailleurs par les capitalistes. Toutefois, les conquêtes sociales du mouvement ouvrier ont permis de construire autour du salariat un système social de protection contre les risques de la vie des travailleurs (allocation de remplacement pour les travailleurs sans emploi, assurance maladie invalidité,…). Les cotisations sociales générées par le travail permettent d’alimenter un modèle de solidarité bénéfique pour les travailleurs. Dans ce contexte, « un affaiblissement de la relation salariale » signifierait un affaiblissement du système de protection sociale tel qu’on le connaît en Belgique via notamment un tarissement des recettes rendant aujourd’hui possible le financement de la Sécu. Les assurances privées en matière de soins de santé deviendront dans cette optique particulièrement prisés. Le pseudo-renforcement de « la relation salariale en l’adaptant à la réalité économique et sociale du XXIe siècle » dans le propos d’un adepte assumé de l’état social actif n’est pas très rassurant pour ceux qui se refusent à accroître la précarisation des travailleurs.

Par ailleurs, la généralisation de l’allocation universelle ferait basculer au second plan la part du travail dans la création de la richesse nationale. Cela ne ferait en outre qu’accentuer les processus de délocalisation d’unités de production pourtant créatrices d’une valeur ajoutée. Avec un risque à la clé de renforcement de l’économie virtuelle par rapport à l’économie réelle. Sauf à considérer qu’elle serait généralisée simultanément dans tous les pays, l’instauration de l’allocation renforcerait de manière perceptible la tendance actuelle à diviser le monde entre les détenteurs de capitaux issus des pays occidentaux et les travailleurs bon marché des pays du tiers monde. Sans compter que le démantèlement prévisible des emplois délocalisables aurait pour corollaire un affaiblissement des syndicats dont la force s’est construite autour des relations collectives de travail. Même si les « allocataires universels » restent syndiqués, force est de constater que l’individualisation de leur rapport à celui qui les rémunère risque de déforcer les perspectives d’organisation et de lutte syndicale.

Enfin, adopter l’allocation universelle reviendrait à légitimer les écarts de revenus et à capituler pour ce qui est des revendications en matière de redistribution des richesses. Ainsi, à partir du moment, où tout le monde dispose d’un revenu inconditionnellement garanti, qui va s’opposer à laisser la « liberté » aux gens de gagner davantage ? Certainement pas les syndicats que l’affaiblissement lié à la mise en place de l’allocation universelle couplée à l’individualisme qui gangrène notre société rendra bel et bien inoffensifs.

En synthèse, il n’est pas étonnant que Vivant, chapelle du très droitier VLD, soit aujourd’hui le seul relais politique de cette revendication. Cette mesure permettrait à la fois d’affaiblir les syndicats, de remettre en cause les conquêtes sociale et de légitimer les inégalités inhérentes à notre société.


[1]http://www.belgium.be/fr/actualites/2009/news_chiffres_pauvrete.jsp

[2] http://fr.wikipedia.org/wiki/Philippe_Van_Parijs

[3] http://multitudes.samizdat.net/article.php3?id_article=14

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La moralisation du travail ou comment éviter de poser les bonnes questions

Publié par carlosmilitant le 5 février 2010

Parler de la détérioration du marché du travail en 2010 revient à énoncer la plus prévisible des lapalissades. Les pertes d’emplois générées par la crise actuelle du capitalisme financier défrayent constamment la chronique. Si l’indignation est largement partagée, force est de constater qu’une ébauche de solution suscitant un haut degré d’adhésion ne semble pas facilement se dessiner.

Le sort fait à la proposition de la FGTB d’envisager une semaine des quatre jours avec embauche compensatoire a de quoi laisser perplexe. L’organisation syndicale avait mis en avant, dans le soir du 7 janvier dernier, divers éléments constitutifs de ce que devrait être un plan de relance ambitieux. La semaine de quatre jours figurait parmi les pistes que la FGTB souhaitait que le Gouvernement explore. Le dimanche midi suivant sur les plateaux de l’émission « Mise au point », de doctes savants de l’économie ont descendu en flèche cette proposition du syndicat socialiste devant le regard amusé voire complice du directeur général de la FEB. Ce qui est affligeant lorsque l’on veut débattre de cette question c’est que la véhémence des critiques est inversement proportionnelle à l’étaiement de leur argumentaire. Dans le chef de ceux qui s’opposent à toute forme de réduction du temps de travail, le débat se résume souvent à assener de manière sentencieuse un « ça ne marche pas » ponctué quasi immédiatement d’un « la preuve en est les 35 heures en France ». Ainsi, une expérience ponctuelle de mise en place dans un contexte spécifique d’une certaine forme de réduction du travail suffirait à discréditer à jamais toute velléité de se réapproprier cette question. D’autant qu’à ce jour, aucune évaluation sérieuse n’a été menée à bien sur le nombre exact d’emplois créés par les 35 heures chez nos voisins d’outre Quiévrain. Un débat objectivé et dépassionné sur cette thématique ferait-il peur?

D’aucuns semblent d’ailleurs avoir opté pour lancer un contre-feu comme pour évacuer le (gênant?) débat. Comment expliquer autrement l’emballement médiatique autour de l’ouverture faite par Elio Di Rupo dans l’édition du Soir des 9 et 10 janvier à la mise en place d’un moratoire sur les exclusions des chômeurs ? Il est clairement plus facile d’amener le débat sur la lutte contre le chômage dans un registre moral que d’évaluer sérieusement les alternatives aux politiques actuelles en matière d’emploi. L’attachement de certains à cette machine à exclure qu’est aujourd’hui le plan d’activation des chômeurs est plus que perceptible. Beaucoup de choses ont été écrites sur la chasse aux chômeurs mais rarement avec autant de justesse que dans un article du sociologue Mateo Alaluf paru dans le n°34 de la revue Politique en avril 2004 soit peu après la mise en place par le Gouvernement de mesures visant à activer le comportement de recherche d’emploi des chômeurs :  Aujourd’hui, le ministre justifie la nécessité du contrôle des chômeurs en raison d’un système de protection sociale qui permet à des pauvres peu méritants de bénéficier indûment d’un système de redistribution alors que tant de salariés subissent des conditions de travail pénibles et que d’autres perdent leur emploi. La perception d’une indemnité devrait en conséquence s’accompagner, en toute équité, d’une contrepartie de la part de chaque bénéficiaire. Cette obsession morale, qui prime toute réflexion rationnelle, justifiera les politiques actives fondées sur la responsabilisation et la culpabilisation des individus. Les rapports contractuels, régissant « l’intégration » des pauvres comme l’accompagnement des chômeurs, se substituent ainsi aux anciens droits, stigmatisés comme autant de sources d’abus et de passivité .

Il faut croire que devant l’opinion publique composée majoritairement (pour combien de temps encore ?) de travailleurs il est plus commode de tenir un discours moralisateur sur ces chômeurs qui doivent faire des efforts que de mener de front un débat remettant en question les idées reçues en matière d’organisation du travail. La solution de facilité consiste donc à culpabiliser les chômeurs du manque d’emplois disponibles plutôt que de prendre des dispositions pour en créer. C’est à se demander si tout le monde a vraiment intérêt à ce que des mesures volontaristes soient prises pour (re)créer de l’emploi!

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Le deuxième homme qui parlait à l’oreille des riches

Publié par carlosmilitant le 30 septembre 2009

Une fois n’est pas coutume, ma plume volera au secours d’un libéral pas assez souvent reconnu à sa juste valeur par ses contemporains. Il s’agit de Bernard Clerfayt, Bourgmestre empêché de Schaerbeek et Secrétaire d’Etat à la lutte contre la fraude fiscale au sein du Gouvernement Fédéral. D’aucuns ont eu le tort de ne voir en lui que l’heureux bénéficiaire d’un concours de circonstances, à savoir le prodigieux écho de la vox populi (que les esprits chagrins mais pas latinistes pourraient traduire par « voix populiste ») résonnant contre Laurette Onkelinx lors des communales 2006, qui lui a conféré une envergure dont il ne disposait pas jusqu’alors.

Le passage de Bernard Clerfayt ce lundi 28 septembre sur les ondes de la Première m’a conforté dans l’idée qu’il était autre chose que le ponctuel récipiendaire de l’animosité savamment entretenue contre une candidate-bourgmestre dont on craignait le manque de disponibilité inhérent à ses fonctions ministérielles. Sa prestation radiophonique a été éminemment convaincante. Ainsi, il a été particulièrement crédible en grand défenseur de l’écologie plaidant les bienfaits d’une fiscalité environnementale intrinsèquement bénéfique qui aurait de surcroît vocation à supplanter les actuelles très inadéquates modalités d’imposition sur les revenus.

voitures

Laissons un instant l’ironie de côté. En proposant d’augmenter les accises sur les carburants, le maïeur empêché de la Cité des ânes sait que c’est les classes populaires qui seront principalement mises à contribution. Certes, il aura beau jeu de surfer sur la vague écologiste et de dire qu’il ne fait qu’apporter sa modeste contribution à la lutte contre le réchauffement climatique. Il n’empêche que la réalité que Bernard Clerfayt est loin d’ignorer est que ce sont les ménages qui ont les plus faibles revenus qui disposent des véhicules les plus polluants (ils en changent moins souvent et ne disposent pas toujours du capital culturel leur permettant d’être aisément sensibilisés à la nécessité de réduire leur consommation). Par ailleurs, dévoilant sans surprise sa filiation intellectuelle avec Didier Reynders, le Secrétaire d’Etat effectue une charge en règle contre la taxation prétendument trop élevée des revenus du travail.  Ce qu’il oublie sciemment de dire c’est que la progressivité actuelle de l’impôt sur les personnes physiques (les plus haut revenus paient plus d’impôt) constitue une garantie de redistribution des richesses et donc de justice sociale. Ce que le Bourgmestre « en titre » de Schaerbeek  omet de mentionner c’est que les tranches progressives d’imposition des revenus telles qu’elles existent aujourd’hui sont bien moins inégalitaires que d’autres impôts comme la TVA ou les accises. En promouvant la substitution graduelle de la fiscalité sur le travail par la fiscalité environnementale, l’objectif recherché par Bernard Clerfayt est ni plus ni moins de faire glisser une partie de la pression fiscale s’exerçant aujourd’hui sur les hauts revenus vers les moins nantis.

La stratégie du MR est limpide : faire monter Bernard Clerfayt sur l’enjeu de la fiscalité en lieu et place d’un Didier Reynders affaibli (suites du Fortisgate, contestation interne,…). Il faut le dire : le plus libéral des FDF tire plutôt bien son épingle du jeu. En saupoudrant de considérations environnementales les préceptes de son maître à penser en matière de fiscalité, Bernard Clerfayt réussit presque à nous faire prendre des vessies libérales pour des lanternes écologistes. Quel dommage qu’il ne fasse pas beaucoup d’efforts pour être aussi convaincant pour ce qui est de la lutte contre la fraude fiscale, compétence ministérielle pour laquelle il a été jusqu’à  renier l’engagement contracté vis à vis des Schaerbeekois d’être leur bourgmestre à plein temps.

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