Le dimanche 7 mai 2017 19H53. Les journalistes politiques de la télévision publique française font la moue. Dans quelques minutes, les résultats des élections présidentielles apparaitront dans une infographie qui montrera les visages des deux candidats au second tour de l’élection présidentielle. Après l’espoir de changement qu’il incarna et quelques mesures encourageantes, François Hollande ne pu imposer un changement de cap économique à l’Union Européenne et a déçu bon nombre de ses partisans. En face, Marine Le Pen a fait campagne sur l’impuissance du candidat sortant face au capitalisme mondialisé davantage que sur les propositions de son hétéroclite Mouvement pour une République Nationale et Sociale. Les sondages donnaient les deux candidats au coude à coude. L’heure de vérité approche….
Cette ébauche de fiction a-t-elle une chance de se réaliser? Au risque de compromettre le plaisir partagé de la délectation de l’ambiance de fin de règne en Sarkozie, il faudrait tout de même l’envisager. Une analyse lucide du rapport de force politique en France et des perspectives d’avenir s’impose en vue d’anticiper voire de résoudre des problèmes qui ne manqueront pas de se poser dans les cinq ans à venir. Quelques éléments pour apporter une modeste contribution à cette réflexion salutaire…
Tout d’abord, la défaite annoncée de Nicolas Sarkozy préfigure vraisemblablement la recomposition la plus conséquente de la Droite française depuis que les généraux « algériens » obtinrent le retour en politique du Général De Gaulle. Pour des raisons peut être moins liées à ses convictions personnelles qu’à son opportunisme politique, le président français a détruit les balises républicaines dans lesquelles se déployait la pensée politique de la droite classique gaulliste ou non. En exaltant l’Identité Nationale et l’héritage de la chrétienté, en attisant les peurs vis à vis de certaines communautés (Roms, musulmans,..), en stigmatisant les syndicats coupables de politisation et de trahison envers les salariés, Nicolas Sarkozy et ses nervis ont construit leur communication en puisant dans le champ lexical de la Droite d’avant la seconde Guerre mondiale. Cette immersion dans la mare stagnante des idées qui étaient l’apanage de l’extrême-droite depuis 1945 a été acceptée par son camp avec plus ou moins d’enthousiasme. Si certains à l’image de Villepin voire Borloo se rassureront de voir se refermer la parenthèse sarkozyste, il semble acquis que l’après-Sarko s’initiera par la traversée d’une zone de turbulence majeure pour l’UMP dont l’issue est incertaine mais aussi inquiétante. La transgression de différents tabous républicains par Sarkozy et ses hommes de confiance tout au long du quinquennat aura vraisemblablement des conséquences durables. Hortefeux ou Guéant ne vont pas renier leur positionnement même après le retrait de leur champion. Copé ou Fillon, s’ils veulent prendre le contrôle de l’UMP (ou de ce qu’il en restera !) devront composer avec cette réalité. On peut faire aussi faire l’hypothèse de l’éclatement du parti présidentiel et du ralliement des plus « ultras » à Marine Le Pen et à la nouvelle formation politique qu’elle s’apprête à lancer.
Marine Le Pen a fait des efforts conséquents pour lisser son image. La friandise est certes toujours aussi rance mais l’emballage devient presque attrayant. De plus, la récupération par le plus haut dignitaire de la République française de certains éléments constitutifs de l’idéologie du FN a sans doute contribué à renforcer la fréquentabilité du FN auprès de divers faiseurs d’opinions. Marine Le Pen pourrait donc, tout en repaissant de l’échec du Sarkozysme, bénéficier de la caisse de résonance pour ses idées qu’a été le quinquennat finissant. Si, de surcroît, la gauche au pouvoir déçoit l’électorat populaire de plus en plus enclin à suivre les sirènes populistes, alors les progressistes peuvent commencer à s’inquiéter.
Si la responsabilité qui pèse sur les épaules de François Hollande est énorme, les voix qui s’offrent à lui ne sont cependant pas toutes dénuées d’issues. Faire du social-libéralisme là ou un changement de direction économique s’impose serait clairement une faute politique majeure. Tout comme laisser l’adversaire imposer ses thématiques à l’agenda et se faire enfermer dans un débat sur le sécuritaire n’a pas fort réussi à son prédécesseur premier secrétaire du PS. La présidence de centre-gauche serait alors particulièrement vulnérable aux assauts d’une Marine Le Pen ratissant à gauche et à droite en fustigeant concomitamment les méfaits des élites financières et les actes délictueux des immigrés! Il faut absolument qu’il concrétise sa promesse du changement notamment par rapport à la redistribution et à la justice sociale mais aussi avec des politiques publiques de relance économique, seule option viable pour générer la richesse à répartir. Dans le cas ou les électeurs confirment sa victoire annoncée, la mission de François Hollande sera double: à la fois la préservation de l’héritage des Lumières et des conquêtes sociales, à la fois le recouvrement de la primauté du politique sur l’économique. S’il échoue, et les forces de l’argent et de la réaction vont tout mettre en œuvre pour que cela arrive dès lundi prochain, les heures les plus sombres de la République seront encore à venir.




