Carlos militant

Archive pour la catégorie ‘Espagne’

Si la jeunesse n’a pas toujours raison, la société qui la méconnait et qui la frappe a toujours tort ¹

Publié par carlosmilitant le 25 mai 2011

Après les révolutions au Maghreb et au Moyen-Orient, portées principalement par les jeunes, la jeunesse a ouvert un nouveau foyer de contestation en Espagne. En l’espèce, point d’autocrate sanguinaire à renverser mais plutôt un ordre économique à bousculer. Cet mobilisation est assez originale par ses modes d’action et d’expression : l’occupation des espaces publics, coordination presque exclusive du mouvement via les réseaux sociaux, absence de rôle prééminent d’un parti ou d’un syndicat. Si l’épicentre de la contestation se situe à Madrid, diverses villes d’Espagne se sont jointes au mouvement.

Cette « indignation » survient dans un contexte économico-politique particulier. Le secteur de la construction, vache à lait traditionnelle de l’économie espagnole, a plongé dans une récession sans précédent. Il y a actuellement 5 millions de chômeurs en Espagne dont une grande majorité de jeunes. Le PSOE au pouvoir a mené une politique d’austérité qui n’a pas épargné les classes populaires, électorat traditionnels des socialistes. L’autre grande formation qui domine la vie politique espagnole, le Parti Populaire, a, dans la foulée de la « Spanish Révolution », remporté haut la main les élections municipales.

Il semble intéressant de s’interroger sur la nature actuelle et les perspectives futures du mouvement.

Quelles sont les revendications² des indignés? Elles portent notamment sur la fin des privilèges des responsables politiques (obligation de rendre public leur patrimoine, lutte contre l’absentéisme,…), réduction du temps de travail, augmentation de l’imposition sur les grosse fortunes, le remboursement par les banques bénéficiaires des aides publiques qu’elles ont reçues,… Les manifestants sont clairement demandeurs d’un changement sociétal profond.

Ils aspirent également à la fin du bipartisme. A ce stade, il convient, parce que cette revendication est l’une de celles qui revient le plus, d’exprimer un léger bémol. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, le système espagnol n’est pas comparable au système américain où le président est désigné par des grands électeurs républicains ou démocrates ni même au scrutin majoritaire en vigueur au Royaume Uni ou à celui à la française. L’élection du congrès des députés espagnols se fait …à la proportionnelle. Certes, il s’agit d’une proportionnelle à tendance majoritaire³ mais qui laisse un certain espace pour les petits partis. Le propos n’est pas ici d’ergoter sur les aspects techniques du mode d’élection en Espagne mais bien de recontextualiser une des attentes les plus emblématiques des campeurs de la Puerta del sol. De prime abord, le rejet de la particratie incarnée par le PP et le PSOE est davantage conjoncturel que structurel. Les manifestants considèrent qu’il est inacceptable de se laisser enfermer dans un choix entre la poursuite de la politique d’austérité du gouvernement actuel et l’avènement d’un exécutif très marqué à droite. De plus les indignés rejettent avec véhémence la corruption, domaine ou le PP de la région de Valence s’est fort illustré il y a quelques mois. C’est avec cette grille d’analyse qu’il faut comprendre le rejet du bipartisme.

Les « indignés » seront-ils entendus ? Rien n’est moins sûr. Zapatero a, dès le soir de la défaite électorale, appelé à maintenir le cap en martelant  qu’il n’existe pas d’autre option. Si certaines voix se font entendre en interne du Parti pour donner raison aux indignés4 ou pour exiger un virage à gauche5, il n’est pas sûr qu’il y ait beaucoup de changements à attendre de la dernière année de la législature.  La démagogie droitière du Parti Populaire qui exige des élections anticipées est loin de convaincre ceux qui occupent la Puerta del Sol et d’autres places de différentes villes espagnoles. Ces derniers savent le programme de la formation de Mariano Rajoy incompatible avec leurs aspirations. Les petits partis de gauche à l’instar du plus grand d’entre eux, Izquierda Unida, ont, en ce moment, le vent en poupe mais n’enregistrent pas de percée électorale significative. Dès lors, ils ne sont pas encore en capacité d’infléchir le rapport de force politique et de traduire en avancées concrètes les demandes de la jeunesse espagnole en lutte.

Y aura-t-il un avant et un après 15-M dans la société espagnole ? Il est encore trop tôt pour le savoir mais il peut d’ores et déjà sembler paradoxal voire démoralisant que l’explosion d’un ample mouvement social qui suscite un certain degré de sympathie ait été concomitante à la victoire de la droite aux élections municipales. Néanmoins, en guise de conclusion, il n’est pas interdit d’oser une comparaison historique un peu hasardeuse : malgré le fait que les élections législatives post-mai 68 (23-30 juin 1968) ont vu la victoire des conservateurs du Général de Gaulle, la société française n’a plus jamais été la même après ces événements.

1 François Mitterand à l’assemblée nationale pendant mai 68.

2 Voir notamment http://www.democraciarealya.es/?page_id=234

3Explication technique comparée des différents systèmes en cliquant dans le lien suivant : http://fr.wikipedia.org/wiki/Syst%C3%A8me_%C3%A9lectoral.
4 http://www.publico.es/espana/377065/la-militancia-del-psoe-da-la-razon-a-los-indignados-elecciones2011
5 http://www.publico.es/espana/378252/los-diputados-reclaman-un-giro-a-la-izquierda-elecciones2011

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Conflit au Pays Basque : Aller vers la paix ou suivre le PP ?

Publié par carlosmilitant le 6 mars 2011

Le conflit meurtrier qui sévit en Espagne depuis que l’ETA a décidé d’initier la lutte armée en 1968 connaît peut-être en ce moment des perspectives réelles de résolution pacifique. Pour rappel, 829 victimes sont attribuées à l’ETA qui  a porté les armes tant contre la dictature franquiste que contre l’Espagne démocratique.  Il existerait donc une opportunité de mettre fin à la trop longue spirale de la violence, alimentée par l’action terroriste mais aussi par la répression étatique, que connaissent les sociétés basque et espagnole. La mouvance abertzale[1] la plus radicale, considérée comme la base politique de l’organisation armée, a annoncé l’abandon du soutien à la violence et le recours exclusif à des voies pacifiques pour défendre son projet indépendantiste. Si la prudence reste de mise à ce stade, un scénario à la nord-irlandaise est peut être en train de s’écrire.

Pour rappel, Batasuna, l’aile dure de la mouvance abertzale, a été interdite en 2003 sur base d’une loi[2] votée à cette époque qui permet au tribunal suprême espagnol de mettre hors la loi les formations politiques soutenant le terrorisme.  Récemment, un nouveau parti a été créé : Sortu. Se réclamant de l’abertzalisme, ses membres fondateurs rejettent explicitement la violence[3]. Ils ont l’intention de présenter des listes lors des prochaines municipales du 22 mai prochain.

Le Gouvernement espagnol de José Luis Rodriguez Zapatero pourrait bien être à la croisée des chemins. Soit il considère que Sortu n’est que le dernier avatar de Batasuna et qu’accepter une « normalisation » politique de l’ensemble des composantes de la mouvance abertzale c’est un renoncement dans la lutte contre le terrorisme. Soit il prend des risques et se met autour de la table pour évoquer des perspectives de résolution pacifique du conflit au Pays Basque avec un interlocuteur qui, nonobstant sa filiation vraisemblable avec Batasuna, rejette aujourd’hui explicitement la violence. Il semble que c’est la première option qui actuellement est privilégiée puisque sur base d’un rapport de ses services de police, le Gouvernement a décidé d’introduire un recours au tribunal suprême pour que ce dernier se prononce sur le respect par cette formation de la législation en vigueur sur les partis politique. Même s’il n’est pas exclu que des contacts informels puissent exister entre émissaires du gouvernement et représentants de Sortu, le PSOE paraît s’aligner sur la position très virile du Parti Populaire, coutumier des exercices de musculation autour de la lutte contre le terrorisme. Le porte-parole du PP au Sénat espagnol vient de s’exprimer très clairement en la matière: nous avons tous l’obligation d’empêcher que l’ETA revienne à la politique[4].  Les mauvaises langues disent qu’outre la volonté de plaire à son électorat en tenant des discours très offensifs sur l’anti-terrorisme, le parti de Rajoy est tétanisé par la possibilité de voir le Gouvernement Zapatero sauver le bilan peu glorieux de sa seconde législature en obtenant la fin définitive de la violence terroriste de l’ETA.

Les espagnols doivent se poser la question suivante: Quel est le meilleur moyen pour arriver à ce que l’ETA dépose définitivement les armes? Il est loin d’être avéré que ce soit le renforcement des moyens policiers et l’accroissement de la répression. En tout les cas, historiquement, cela ne s’est pas vérifié. L’ETA suscite une sympathie réelle auprès de certains secteurs de la société basque ce qui lui permet notamment de remplacer assez facilement les activistes arrêtés par d’autres. Le relatif soutien populaire à l’ETA rend, au moins en partie, pertinent le parallèle avec l’Ulster. Là-bas les moyens militaires et policiers conséquents mis en place par les Britanniques n’ont jamais réussi a faire plier l’IRA. La paix a finalement été obtenue par un processus politique. Il est assez vraisemblable que Madrid ne fera taire les armes de l’ETA qu’en concrétisant un processus de paix mobilisant l’ensemble des forces sociales et politiques Euskariennes. En quarante ans, il n’a jamais été possible pour les gouvernements espagnols de trouver une issue négociée au conflit dans le pays basque en raison d’un manque de volonté politique mais aussi et surtout faute d’interlocuteur acceptant de s’insérer dans un cadre démocratique. Le rejet de la violence par Sortu, prérequis éminemment justifiable dans une société traumatisée par le terrorisme, change la donne et justifie son intégration à l’échiquier politique espagnol. Il est à espérer que le Premier Ministre Zapatero prenne la mesure de l’opportunité historique qui semble s’offrir à lui et rompe avec un certain suivisme des positionnements du PP qui en matière de lutte anti-terroriste donne trop souvent le tempo en Espagne. Il convient toutefois de ne pas faire preuve d’angélisme vis à vis de l’ETA. En 1999 cette dernière sabota le processus de Lizarra-Garazi[5] duquel son bras politique était partie prenante. Cette organisation détient encore pas mal de clés pour ce qui concerne la résolution du conflit. Prendra-t-elle exemple sur l’IRA en acceptant de s’effacer définitivement pour laisser d’autres porter son projet politique par des voies exclusivement pacifiques? A voir…

[1] http://fr.wikipedia.org/wiki/Abertzale

[2] http://fr.wikipedia.org/wiki/Ley_de_partidos

[3] http://www.publico.es/espana/360466/sortu-reniega-de-la-violencia-tras-registrarse-en-interior

[4] http://www.pp.es/actualidad-noticia/sortu-es-una-tapadera-eta_4258.html

[5] Pour prendre connaissance de la déclaration de Lizarra-Garazi, cosignée par diverses organisations basques, vous pouvez cliquer sur le lien suivant : http://especiales.abc.es/2006/eta/pdf/1996/Lizarra.pdf

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Les résultats du scrutin régional au Pays Basque : une opportunité pour sortir du conflit ?

Publié par carlosmilitant le 8 mars 2009

Les élections régionales ont eu lieu au Pays Basque le 1er mars dernier. Les enseignements qu’il est possible d’en tirer sont multiples. Tout d’abord, la coalition sortante PNV-EA-EB a perdu sa majorité au parlement de Vitoria. Plus précisément, c’est les deux petits partis (EA, nationaliste, et EB, gauche autonomiste) de la majorité en place qui ont été sanctionnés par l’électeur. Le PNV, nationaliste centre-droit, reste néanmoins la première formation du Pays Basque. Avec un gain de six sièges, le PSOE enregistre quant à lui la progression la plus nette dans le cadre de ce scrutin. Le PP, concurrencé sur son terrain naturel de l’anti-nationalisme basque par le nouveau parti UPyD qui disposera désormais d’un élu, perd deux sièges par rapport aux élections de 2005. Il convient de relever le très bon score de la formation nationaliste de gauche « Aralar » qui disposera dorénavant de quatre parlementaires. Enfin, l’appel au boycott du bras politique de l’ETA semble avoir été au moins partiellement suivi puisque près de 10% de votes nuls ont été comptabilisés.
Pour ce qui est de la composition du futur exécutif du Pays Basque, trois options semblent théoriquement possibles. La première est la suivante : la majorité sortante constitue un gouvernement autonome minoritaire. Cette combinaison, si elle n’est pas d’office à exclure, est fort peu probable en raison du fort désaveu de EA et EB qui, avec respectivement deux et un siège, ne pèsent plus grand chose sur l’échiquier politique basque.
La seconde alternative qui recueille l’assentiment d’une partie conséquente de l’opinion publique réside en la mise en place d’un gouvernement de coalition constitué du PSOE, du PP et d’UPyD. Ce serait une première depuis la restauration du multipartisme, qu’aucune formation nationaliste ne fasse partie de l’exécutif autonome du Pays Basque. Le ciment de cette majorité tripartite inédite serait une volonté commune de préserver la constitution espagnole (approuvée par référendum dans toute l’Espagne à l’exception du Pays basque en 1978) et surtout une réticence assumée et partagée à octroyer davantage d’autonomie au Pays Basque que celle prévue dans le texte constitutionnel actuellement en vigueur. Cette option me semble peu opportune pour au moins deux raisons. Premièrement, un gouvernement au sein duquel cohabiteraient le PSOE et le PP aurait beaucoup de difficulté à impulser une politique cohérente et le risque d’une législature de blocage permanent est bien réel. Deuxièmement, l’avènement d’un gouvernement basque excluant les nationalistes entraînerait plus que probablement une recrudescence de la lutte armée de l’ETA qui ne manquera pas de provoquer une répression accrue des autorités avec pour résultat une escalade du conflit qui depuis quarante ans a déjà causé plusieurs centaines de victimes dans la région mais aussi dans l’ensemble de l’Espagne.
La troisième et dernière possibilité d’alliance consiste en la mise en place d’un Gouvernement bipartite PNV-PSOE. Cette option est, à mon sens, la plus porteuse. Au niveau de la cohérence idéologique, même si le PNV est un parti démocrate chrétien, il est moins éloigné du PSOE au niveau des idées que le PP. L’ultra-libéralisme débridé de ce dernier est assez éloigné de la vision de société du PNV qui puise ses références idéologiques dans une certaine doctrine sociale de l’Eglise catholique type « rerum novarum » avec un attachement à des formes de solidarité et de redistribution. De plus, une majorité PNV-PSOE ouvrirait peut être les portes d’une résolution pacifique du conflit. Un partenariat institutionnalisé entre modérés, d’une part du camp nationaliste basque et, d’autre part du camp « constitutionaliste » pourrait constituer une des clés de la fin du conflit. Le dialogue avec Aralar, formation qui partage le projet politique de la mouvance ETA mais qui rejette la lutte armée, en constitue une autre.
Obtenir la paix au Pays Basque ne se fera que par la voie politique !

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Espagne: la transition inachevée…

Publié par carlosmilitant le 9 février 2008

La proximité des prochaines élections législatives qui se dérouleront en Espagne en mars prochain sont une occasion pour moi d’évoquer le climat politique particulièrement tendu dans mon pays d’origine. Militaires remettant en question le pouvoir du gouvernement civil, conférence épiscopale faisant la propagande d’un parti politique, tentative d’influence du politique sur le monde judiciaire,…La tension est palpable, et par certains aspects, n’est pas sans rappeler un passé dramatiquement conflictuel. Dans les lignes qui suivent, j’esquisserai une ébauche d’analyse de la situation politique en Espagne. Mon objectif est d’éclairer la lanterne de ceux qui n’ont pas toujours l’occasion de suivre de très près l’actualité politique espagnole.

Parti Populaire : le mensonge pour stratégie !

Pour bien comprendre le climat politique particulièrement délétère en Espagne, il est essentiel de s’attarder sur la stratégie destructrice mise en œuvre par le Parti Populaire depuis sa défaite électorale 2004. Pour rappel, le 11 mars de cette année-la, sont perpétrés à Madrid les attentats les plus meurtriers de l’histoire espagnole. Le Gouvernement espagnol présidé à l’époque par le très américanophile et très néo-conservateur José Maria Aznar est horrifié par la perspective de voir ces attentats attribués à la mouvance islamiste. En effet, comment ne pas lier ces attentats à la présence des troupes espagnoles en Irak ? Les espagnols, opposés en grande majorité à l’illégale intervention militaire en Irak, ont, à ce moment, encore à l’esprit les déclarations belliqueuses et matamoresques d’Aznar en présence des va-t-en-guerre Tony Blair et de GW Bush lors du « sommet des Açores » véritable lancement médiatique de l’invasion du territoire irakien. La participation espagnole à cette opération militaire a déclenché une très forte opposition de l’opinion, traduite par des mobilisations de masse aux quatre coins du pays. Dès lors, le risque est grand de voir une majorité des espagnols faire le lien entre les attentats de Madrid et la présence militaire espagnole en Irak et sanctionner le gouvernement du parti populaire coupable d’avoir, par son soutien inconditionnel à l’offensive anglo-américaine, exposé l’Espagne à des représailles de la nébuleuse islamiste. La stratégie du gouvernement d’Aznar va être de nier l’évidence et d’attribuer l’attentat à l’ETA. Le Parti Populaire (PP) ayant fait en partie campagne sur la nécessité d’être ferme par rapport aux séparatistes basques, la thèse mensongère sur la responsabilité de l’ETA dans les attentats de Madrid devait légitimer le projet politique du PP auprès de l’opinion publique. La manœuvre est grossière et ne trompe pas la majorité des espagnols. Dès les premières heures, l’ETA dément fermement tout implication, les enquêteurs admettent ne pas reconnaître le modus operandi de l’organisation basque et les médias du monde entier déplorent la nouvelle action meurtrière du réseau Al-Quaida. Le dimanche 14 mars 2004, les espagnols sanctionnent le gouvernement sortant. Le Parti Socialiste Ouvrier espagnol (PSOE), donné largement battu par tous les sondages d’opinions encore une semaine auparavant est le grand vainqueur des élections. Il était a espérer que suite à cette défaite, les cadres du PP allait reconnaître leur erreur et avoir le bon sens de revoir leur stratégie. Il n’en a rien été ! Aznar ayant pris sa retraite (retraite dorée il faut bien le dire puisqu’il est consultant politique de divers instituts liés aux milieux néo-cons américain), les trois anciens ministres (Acebes, Rajoy, Zaplana) les plus en vue des gouvernement du PP, vont décider de persister dans le mensonge. Aidé par des médias « proche » (Cadena Cope, el Mundo,..) il vont mettre en place une stratégie de confrontation avec le nouveau gouvernement du PSOE. Certains iront même jusqu’à accuser, dans des termes à peine voilés, le PSOE d’avoir comploté avec l’ETA pour organiser les attentats du 11 mars 2004 en faisant croire que ceux ci étaient une action terroriste islamique en guise de représailles contre la présence militaire espagnole en Irak afin de voler la victoire électorale promise au PP ! Ces accusations, pour aussi fantaisistes qu’elles puissent paraître en dehors des frontières de l’état espagnol, ont été considérés comme crédibles par un certain secteur de l’opinion publique percevant la défaite du PP comme une injustice à réparer voire comme un coup d’état à contrer ! Ainsi, tout au long de l’enquête sur les attentats, la presse d’opinion proche du Parti Populaire va dénoncer le fait que les policiers en charge de l’enquête aient fait preuve de partialité en privilégiant la piste du réseau islamique (pourtant considérée par tous les spécialistes internationaux comme la seule plausible) à celui de l’ETA. L’issue du procès des auteurs des attentats du 11 mars 2004 a encore été l’occasion d’une dernière passe d’armes sur cette question entre PP et PSOE . Aux socialistes, qui après la sentence du tribunal demandaient à Rajoy, le président du PP, de reconnaître que ce n’était pas l’ETA qui avait organisé les attentats du 11 mars 2004, Zaplana demandait minablement en échange de reconnaître que… ce n’était pas la présence espagnole en Irak qui était la cause des attentats (1).

Il est vrai que l’entourage du PP n’est plus à une manipulation près. Ainsi, dans le cadre du débat sur l’adoption d’une législation condamnant les crimes du franquisme qui a suscité une très forte polémique en Espagne, certains médias de droite (2) vont faire dans le révisionnisme historique et attribuer la responsabilité de l’éclatement de la guerre civile espagnole au PSOE et à ERC (Nationalistes catalans de gauche actuellement présents dans le gouvernement autonome de Catalogne). Oublié le soulèvement militaire impulsé par des factieux emmenés par le général Franco contre la République et son gouvernement démocratiquement élu, c’est la gauche qui a initié cette guerre qui a causé la mort de plusieurs centaines de milliers d’espagnols… Le drame c’est qu’il suffit souvent de répéter un mensonge plusieurs fois pour que les gens commencent à y croire. La Droite espagnole l’a très bien compris.

Etat espagnol : Les nationalismes à l’œuvre

Sans aucunement avoir la prétention de vouloir établir une typologie précise des sentiments nationaux existants en Espagne, il est intéressant de mettre en exergue trois nationalismes particulièrement prégnants dans la réalité politique espagnole d’aujourd’hui.

Commençons par le nationalisme basque. Le premier parti de la communauté autonome du Pays Basque est le PNV. Outre son attachement au nationalisme basque, ce parti professe une idéologie conservatrice et catholique. Malgré une méfiance séculaire envers le gouvernement de Madrid quel qu’il soit, le PNV s’était allié aux républicains en 1936 contre l’insurrection menée par Franco. Ce dernier s’était vengé en demandant à ses alliés allemands de rayer de carte la ville de Guernica, haut lieu du nationalisme basque. Comment aborder la question du nationalisme basque sans ouvrir une parenthèse sur l’ETA ? L’organisation séparatiste a, depuis la fin des années soixante, choisi la voie des armes comme moyen de mener à bien son dessein politique. Il faut bien dire la législature qui se termine aurait bien pu être celle de la fin de la lutte armée. L’annonce par l’ETA , le 22 mars 2006, d’une trêve unilatérale et illimitée avait ouvert des perspectives de solution négociée au conflit. Un dialogue avait d’ailleurs été ouvert entre les représentants de l’organisation basque et le gouvernement espagnol. Il a vite tourné court, les attentats ayant même repris depuis lors. Le mouvement abertxale et le Gouvernement Zapatero ont ainsi manqué, pour diverses raisons, le compromis historique qui aurait permis de mettre à la violence terroriste. Sans rentrer dans une analyse étayée des raisons qui ont provoqué la faillite des négociations, gageons que le harcèlement constant du Parti Populaire contre un Gouvernement coupable d’avoir « oser » négocié avec des terroristes n’aura pas contribuer a établir un climat politique serein. Le PP aura été jusqu’à instrumentaliser les associations de victimes du terrorisme pour favoriser sa stratégie de déstabilisation permanente du gouvernement. Quel dommage que même sur des enjeux aussi essentiels, Rajoy et ses proches n’aient pas réussit à sortir de leur partisanerie coutumière.

Passons maintenant au nationalisme catalan. Si ce dernier n’a jamais été porteur d’actions violentes comme le nationalisme basque, la défiance envers tout ce qui ressemble de près ou de loin à du centralisme est très forte. L’hostilité envers les symboles de l’autorité centrale comme la monarchie est bien réelle. Ouvertement revendiqué par certains partis comme ERC, l’indépendance de la Catalogne ne fait pas l’unanimité dans l’ensemble de la communauté autonome. Toutefois, une majorités de catalans est favorable à d’avantage d’autonomie pour cette Communauté et donc d’une révision de la constitution espagnole. Cela n’est guère aisé dans la mesure ou la constitution à été élaborée d’un large consensus en 1978.

Enfin, le nationalisme espagnol ou espagnolisme constitue le prolongement d’une idéologie conservatrice empreinte de militarisme et de colonialisme. Les nostalgiques de la « grandeur » de l’Espagne sont encore nombreux surtout dans les rangs du PP. Ce dernier n’a d’ailleurs de cesse de dénoncer le manque de patriotisme et de chauvinisme du gouvernement lorsqu’il se montre trop complaisant avec les revendications autonomistes de certaines formations politiques. Se rompe Espana ! L’Espagne se brise ! C’est sur cette peur fort prégnante dans certains milieux que le PP joue pour montrer que le PSOE est loin d’être le meilleur garant de l’unité de l’Espagne constamment mis en danger par les séparatistes divers et variés. L’intransigeance du PP rend impossible un débat serein sur le statut d’autonomie de diverses entités territoriales. Ce qui souvent a pour conséquence de radicaliser des partis comme ERC et le PNV. Et aussi de raviver les fantasmes putschistes de quelques militaires nostalgiques de l’Espagne de Franco.

Le bilan postif du PSOE : un plus pour les prochaines élections ?

La législature qui s’achève a, malgré le climat politique tendu, été positive sur le plan socio-économique. Création d’emplois, croissance soutenue, compétitivité accrue des entreprises espagnoles à l’étranger : Tous les indicateurs utilisés habituellement attestent de la « bonne santé » de l’économie espagnole !. Soit dit en passant, il est clair que ces critères ne sont pas neutres au niveau idéologique et que leur mise en exergue systématique dans les médias loin d’une volonté d’objectiver l’analyse économique répond davantage à la volonté politique de renforcer le cadre de référence néo-libéral. Cette petite digression étant faite, j’en reviens au bilan du gouvernement du PSOE et plus particulièrement à la politique sociale. Augmentation du salaire minimum, de la pension minimale, soutien accru à la parentalité : autant de réformes porteuses pour la collectivité. Des avancées remarquables ont été enregistrées également au niveau éthique avec notamment le mariage homosexuel, la promotion de l’égalité homme-femme avec notamment une historique parité au gouvernement ainsi qu’une régularisation massive des sans-papiers.

Toutefois, ce bilan plus qu’honorable ne sera peut être pas déterminant dans l’issue du vote du 9 mars prochain. En effet, la droite conteste les bons résultats économiques globaux à l’aune du ralentissement économique enregistré au cours du dernier trimestre 2007. Rejetant avec la mauvaise foi qui ne lui a pas souvent fait défaut la possibilité d’une cause externe comme l’impact de la conjoncture économique mondiale défavorable, le Parti Populaire fustige allègrement la mauvais gestion économique au gouvernement de Jose Luis Zapatero et lui fait porter l’entière responsabilité du ralentissement économique.

Pour le reste, le Parti Populaire tente de minimiser l’impact de la hausse des pensions et des salaires minimum acquis lors de la législature qui s’achève et propose en bon parti de droite une grande réforme fiscale qui pourra augmenter le salaire-poche des espagnols. Quant aux avancées éthiques dans le domaine de la régularisation et du mariage homosexuel, le Parti Populaire qui les a combattu avec acharnement durant toute la législature n’a de cesse de flatter son électorat le plus conservateur en réitérant son attachement aux valeurs traditionnelles de la Droite. Même la parité homme-femme n’a pas trouvé grâce aux yeux de Rajoy et des siens. Le tribunal constitutionnel a récemment rejeté un recours du PP contre l’obligation de parité homme-femme sur les listes électorales.

La polarisation extrême du paysage politique espagnol n’est pas sur le point de s’atténuer quand on sait que Rajoy a fait le choix d’écarter Alberto Ruiz Gallardon, maire centriste de Madrid, des listes électorales. Son propos trop modéré n’était sans doute pas du goût de son président de Parti…

Pour conclure, force est de constater que nonobstant le fait qu’elle soit souvent cité en exemple la « transition » espagnole qui a rendu possible le passage du régime franquiste vers une démocratie multipartite n’aura pas permis d’enterrer tous les vieux démons surtout à droite de l’échiquier politique. Il est pour le moins paradoxal qu’alors que pour ce qui est des partis socio-démocrates, la pression d’une certaine presse pour qu’ils se modernisent ou se rénovent (se « blairisent » ou se droitisent diront les mauvaises langues !) est forte, les prises de positions ultra-réactionnaires de certaines formations de droite semblent globalement susciter moins d’émoi dans les médias. Mais cela est sans doute une autre histoire…

1. El Pais, 2 novembre 2007, pages 12-13.
2. http://www.elmundo.es/elmundolibro/2004/10/05/historia/1096993336.html

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