Une fois n’est pas coutume, ma plume volera au secours d’un libéral pas assez souvent reconnu à sa juste valeur par ses contemporains. Il s’agit de Bernard Clerfayt, Bourgmestre empêché de Schaerbeek et Secrétaire d’Etat à la lutte contre la fraude fiscale au sein du Gouvernement Fédéral. D’aucuns ont eu le tort de ne voir en lui que l’heureux bénéficiaire d’un concours de circonstances, à savoir le prodigieux écho de la vox populi (que les esprits chagrins mais pas latinistes pourraient traduire par « voix populiste ») résonnant contre Laurette Onkelinx lors des communales 2006, qui lui a conféré une envergure dont il ne disposait pas jusqu’alors.
Le passage de Bernard Clerfayt ce lundi 28 septembre sur les ondes de la Première m’a conforté dans l’idée qu’il était autre chose que le ponctuel récipiendaire de l’animosité savamment entretenue contre une candidate-bourgmestre dont on craignait le manque de disponibilité inhérent à ses fonctions ministérielles. Sa prestation radiophonique a été éminemment convaincante. Ainsi, il a été particulièrement crédible en grand défenseur de l’écologie plaidant les bienfaits d’une fiscalité environnementale intrinsèquement bénéfique qui aurait de surcroît vocation à supplanter les actuelles très inadéquates modalités d’imposition sur les revenus.

Laissons un instant l’ironie de côté. En proposant d’augmenter les accises sur les carburants, le maïeur empêché de la Cité des ânes sait que c’est les classes populaires qui seront principalement mises à contribution. Certes, il aura beau jeu de surfer sur la vague écologiste et de dire qu’il ne fait qu’apporter sa modeste contribution à la lutte contre le réchauffement climatique. Il n’empêche que la réalité que Bernard Clerfayt est loin d’ignorer est que ce sont les ménages qui ont les plus faibles revenus qui disposent des véhicules les plus polluants (ils en changent moins souvent et ne disposent pas toujours du capital culturel leur permettant d’être aisément sensibilisés à la nécessité de réduire leur consommation). Par ailleurs, dévoilant sans surprise sa filiation intellectuelle avec Didier Reynders, le Secrétaire d’Etat effectue une charge en règle contre la taxation prétendument trop élevée des revenus du travail. Ce qu’il oublie sciemment de dire c’est que la progressivité actuelle de l’impôt sur les personnes physiques (les plus haut revenus paient plus d’impôt) constitue une garantie de redistribution des richesses et donc de justice sociale. Ce que le Bourgmestre « en titre » de Schaerbeek omet de mentionner c’est que les tranches progressives d’imposition des revenus telles qu’elles existent aujourd’hui sont bien moins inégalitaires que d’autres impôts comme la TVA ou les accises. En promouvant la substitution graduelle de la fiscalité sur le travail par la fiscalité environnementale, l’objectif recherché par Bernard Clerfayt est ni plus ni moins de faire glisser une partie de la pression fiscale s’exerçant aujourd’hui sur les hauts revenus vers les moins nantis.
La stratégie du MR est limpide : faire monter Bernard Clerfayt sur l’enjeu de la fiscalité en lieu et place d’un Didier Reynders affaibli (suites du Fortisgate, contestation interne,…). Il faut le dire : le plus libéral des FDF tire plutôt bien son épingle du jeu. En saupoudrant de considérations environnementales les préceptes de son maître à penser en matière de fiscalité, Bernard Clerfayt réussit presque à nous faire prendre des vessies libérales pour des lanternes écologistes. Quel dommage qu’il ne fasse pas beaucoup d’efforts pour être aussi convaincant pour ce qui est de la lutte contre la fraude fiscale, compétence ministérielle pour laquelle il a été jusqu’à renier l’engagement contracté vis à vis des Schaerbeekois d’être leur bourgmestre à plein temps.
