Carlos militant

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Quand les sarkozystes ont du mal à contrôler leurs propres dérapages!

Publié par carlosmilitant le 20 août 2010

La teneur que prend le débat en France sur le sécuritaire ne va pas sans susciter un certain malaise voire une franche indignation. Si l’opposition ainsi que certains acteurs associatifs1 sont particulièrement critiques à l’égard des sorties médiatiques de Nicolas Sarkozy et de son gouvernement, d’autres prennent la défense de l’exécutif français même en Belgique. Claude Demelenne, journaliste se revendiquant de gauche, a publié dans la libre une « opinion » le 9 août dernier2. Dans le texte précité, monsieur Demelenne évoque les mesures proposées  par la droite française. Il n’y voit rien « d’indigne » ou de « scandaleux ». Si son avis est bien évidement respectable, il y a tout de même lieu de se poser les questions suivantes : n’est-il pas indigne pour les élites politiques d’une nation de tenir un propos stigmatisant pour certains groupes de personnes visées directement ou indirectement en raison de leurs origines ethniques et/ou de leur mode de vie? N’est-il pas scandaleux que l’article 1er de la Constitution française qui stipule que la « République assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens, sans distinction d’origine, de race ou de religion » soit, au moins dans l’esprit, bafoué par les dirigeants du pays?

Le 30 juillet dernier à Grenoble3, le président français a déclaré la « guerre contre la délinquance ». Certaines formes de délinquance sont particulièrement violentes et les pouvoirs publics doivent garantir la sécurité des citoyens mais les responsables politiques doivent également aménager les conditions du vivre ensemble. Lorsque le président de la République promet la déchéance de la nationalité française à « toute personne d’origine étrangère qui aurait volontairement porté atteinte à la vie d’un policier, d’un gendarme ou de toute autre personne dépositaire de l’autorité publique », il entretient un amalgame douteux entre criminalité et immigration. Le reste de l’intervention présidentielle fait la part belle à certains clichés discutables ( les immigrés illégaux qui abusent de leurs « droits » (sic), la permissivité séculaire envers la délinquance) et aux propositions à la légalité douteuse (engager la responsabilité pénale des parents de jeunes délinquants).

Cette saillie présidentielle n’était qu’une première étape. Des ténors de la majorité ont emprunté la voie de la surenchère à l’instar du ministre Hortefeux qui annonce4 le « démantèlement de camps illégaux de roms », « l’expulsion immédiate de certains délinquants vers la Bulgarie ou la Roumanie » ainsi que …l’envoi de 10 inspecteurs du fisc!!! Cette dernière disposition qui pourrait sembler de prime abord incongrue est ainsi justifiée : « beaucoup de nos compatriotes sont à juste titre surpris en regardant la cylindrée de certains véhicules qui traînent les caravanes ». Monsieur Demelenne n’y verra sans doute pas matière à crier au « racisme et au fascisme renaissant » mais pourra peut être convenir qu’il s’agit bien d’une « pente glissante ». Outre, sur le sort peu enviable que le gouvernement français entend réserver aux gens du voyage, Brice Hortefeux s’est étendu sur les modalités de déchéance de la nationalité française. Il n’a pas manqué d’invoquer une nouvelle fois la figure honnie de Liès Hebbadj, « nouveau français » soupçonné de polygamie, de violences sexuelles et de fraude sociale. Il faut dire que le ministre de l’Intérieur s’est démené pour en faire l’archétype de l’ « étranger » qui menace les valeurs françaises et rend inévitables l’adoption de mesures fortes pour protéger les fondements de la République. Toute proportions gardées, le visage de cet être odieux semble appelé à incarner dans l’imagerie gouvernementale, ce que le « Juif Süss », autre « étranger », violeur et voleur , était à la propagande goebbelsienne. Indubitablement, jeter en pâture à l’opinion publique le nom et le visage d’un individu, innocent jusqu’à preuve du contraire mais « présumé coupable » par le ministre5 en dépit des règles de l’état de droit, relève d’un procédé que l’on pourrait qualifier de totalitaire.

Si la référence au totalitarisme sera sans doute qualifiée de « bêtise sans nom » par monsieur Demelenne, il devra admettre, à la lecture de l’extrait suivant, que la « gauche morale » n’en a plus le monopole. “A six heures du matin, le préfet de Seine-Saint Denis, envoie la police- une police armée jusqu’au dents – pour déloger quelques familles (…) et si les femmes protestent, on les menace de les séparer de leurs enfants” : Ces propos datent d’il y a quelques jours et concernent le démantèlement musclé des camps de roms. Ils sont tenus par Jean-Pierre Grand, député UMP. D’après cet élu, pourtant issu des rangs de la majorité de droite, la politique sécuritaire tourne à “l’ignoble” et les méthodes rappellent “les rafles pendant la guerre”.

En guise de conclusion, ne faudrait-il pas de se poser la question de savoir si « ceux qui ne respectent pas la loi et rendent impossible le vivre ensemble » sont bien ceux qu’on veut nous faire croire ?

1. Notamment la ligue des droits de l’homme, l’union des étudiants juifs de France, SOS racisme.

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Les filiations de Sarko

Publié par carlosmilitant le 16 avril 2007

Les questions qui seront abordées dans cet espace auront généralement un lien avec des enjeux politiques belges. Il semble toutefois pertinent, au vu de l’actualité, d’impulser dans le premier article de ce blog, une réflexion sur la campagne électorale française.

L’héritage politique de Charles Maurras

A la lecture d’un excellent article d’Edwy Plenel, paru dans le soir du 6 avril dernier, ma conviction suivant laquelle Nicolas Sarkozy n’est pas un candidat de droite comme les autres a été renforcée. En effet, je le savais peu scrupuleux à l’idée d’aller prendre dans le sens du poil les électeurs du Front National, et enclin à avoir recours à un zeste de démagogie pour susciter un certain degré d’adhésion à son discours. Il semblait, toutefois, respecter le cadre de référence républicain, socle de base commun à tous les partis politiques démocratiques en France depuis la libération. Edwy Plenel, journaliste reconnu, fait une comparaison osée entre Sarkozy et Charles Maurras, polémiste réactionnaire influent, anti-dreyfusard notoire et zélateur assumé du Maréchal Pétain. Cela pourrait sembler outrageant pour ceux qui sont convaincus de la respectabilité de l’ancien ministre de l’intérieur. Cependant, il convient de se poser certaines questions. Maurras n’aurait il pas applaudi à l’idée de Sarkozy de créer un ministère de l’immigration et de l’identité nationale ? Maurras n’aurait il pas encouragé Sarkozy à minimiser les responsabilité de l’Etat français dans la mise en application de la solution finale ? Maurras n’aurait il pas eu une pointe de fierté en voyant Sarkozy se réapproprier le concept de «pays réel », que l’on croyait disparu avec la libération ? Il est clair que poser ces questions c’est déjà y répondre.

La droite… extrême !

Indubitablement, Sarkozy a rompu avec l’héritage historique du gaullisme, qui avait été pour la droite française une sorte de rédemption rendue indispensable pour expier les infamies de la collaboration. Sans conteste, Sarkozy exalte des valeurs nationalistes et identitaires comme l’avaient fait avant lui des gens comme Maurras ou Pétain. Certes, les temps ont changé et ce ne serait que pure démagogie de dire que la victoire de Sarkozy aux présidentielles amènerait à la restauration du régime de Vichy. Dire cela serait aussi ridicule que ne l’étaient les propos de ceux qui, en 1981, à la veille de l’élection à la présidence de Mitterand, soutenaient qu’en cas de victoire du candidat socialiste, les chars de l’armée rouge défileraient bientôt dans les rues de Paris. Toutefois, il est incontestable que Sarkozy a brisé plusieurs tabous existant au sein de sa famille politique et a rendu plus flou les contours de la frontière entre la droite et l’extrême droite en France. La filiation politique entre les idée de Maurras, honni par de Gaulle et la droite républicaine traditionnelle, et une partie de celles de Sarkozy est évidente. Le dialogue indécent entre Le Pen et Sarkozy sur l’air de « je t’aime, moi non plus » de ces derniers jours semble l’attester.

Un vernis de gauche bien léger

Certains diront que Sarkozy puise également certaine de ses références idéologiques à gauche. N’a-t-il pas fait référence à Blum et Jaurès dans certains de ses discours de campagne ? Dans une belle démonstration de cynisme politique et de propension à manipuler l’histoire, il a également exalté la mémoire de Roger Salengro. Attardons nous un peu sur ce dirigeant socialiste et sur son parcours politique. Maire de Lille puis Ministre de l’intérieur sous le gouvernement du front populaire, il sera victime d’un campagne de diffamation et de calomnie sans précédent dans l’histoire politique française orchestrée par la presse de droite et notamment par l’« action française », journal d’un certain…Charles Maurras. Ce dernier accusera, sans aucune preuve, mais avec beaucoup de véhémence, le ministre d’avoir déserté son régiment durant la guerre 14-18. Démentis officiels, commission d’enquête, témoignages d’anciens combattants,….rien ne semble calmer les calomniateurs ! Bien que lavé de tout soupçon, Roger Salengro mettra fin à ses jours le 17 novembre 1936, épuisé par cet harcèlement continu. L’émotion sera forte en France devant ce drame humain causé par un lynchage médiatique, en ce compris dans les rangs de la droite modérée. Il est cependant révélateur de constater que « Gringoire », publication proche de l’ « action française », titrait le lendemain : « Salengro déserte pour la seconde fois… ». Sans commentaires…En utilisant la figure de Salengro pour légitimer les idées que ce dernier a toujours combattues, Nicolas Sarkozy n’a rien fait d’autre que de salir la mémoire d’une figure historique de la gauche française.

Un danger bien réel !

Enfin, pour en finir avec ce billet, je vais peut-être vous surprendre en disant que le grand vainqueur des prochaines élections présidentielles en France est peut être déjà connu. Il pourrait s’agir de… Jean-Marie Le Pen. Il ne sera sans doute pas au second tour mais en trente ans de présence dans la vie politique il aura eu l’occasion de contaminer la société de ses idées haineuses et excluantes. Sarkozy a donné un visage humain au lepénisme, il a favorisé le retour sur la scène politique d’idées que l’on croyait révolues avec la période la plus sombre de l’histoire française. Je souhaite beaucoup de courage aux militants progressistes français dans les temps à venir. Ceux qui, jusqu’en Belgique, ont fait de Nicolas Sarkozy leur champion pourraient bien être choqués par mes critiques sur leur candidat favori. Peu importe, il est essentiel de mobiliser les esprits contre une montée généralisée du populisme en France qui, de surcroît, pourrait à terme dépasser les frontières de l’Hexagone. J’en profite pour saluer la position courageuse de l’éditorialiste du Soir qui, dans l’édition des 14 et 15 avril met en garde contre le danger que constitue le candidat Sarkozy. A une semaine du premier tour de l’élection présidentielle, j’espère modestement avoir contribué à alimenter le débat voire même à faire réfléchir les thuriféraires les moins zélés de Nicolas Sarkozy sur leur adhésion à un projet politique dont la dangerosité semble apparaître de plus en plus au grand jour.

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