Carlos militant

Benoit Hamon, la trahison, la fin de régime, l’attachement à l’action collective …et demain, l’espoir ?

Posted by carlosmilitant sur 16 avril 2017


Le vote utile : rarement une notion aura été plus galvaudée et instrumentalisée en politique. Cela fait maintenant des années que ce concept est utilisé pour éluder le débat et économiser l’argumentaire. Je n’ai jamais apprécié l’invocation du vote utile principalement par la social-démocratie, historiquement chargée d’incarner la gauche de gouvernement, exerçant le pouvoir comme bras politique du compromis fordiste (ou social-démocrate!). Peut être aurait-on évité bien des déconvenues et des désillusions, si au lieu d’excommunier par principe la gauche radicale au prétexte de l’impasse politique et de la division funeste inévitablement provoquée par sa présence aux élections, la gauche ayant vocation à gouverner avait accepté d’ouvrir le débat sur la politique à mener concrètement! L’injonction récurrente de ne pas voter pour les candidats de sensibilités politiques minoritaires de gauche me semblait fondamentalement anti-démocratique même si à titre personnel, mon vote a le plus souvent été en Espagne ou en Belgique (depuis que j’ai opté pour la nationalité belge, il y a à peine 10 ans) pour les grands partis de centre-gauche.

Membre du parti socialiste belge depuis plus de 12 ans et observateur de l’actualité politique française depuis encore plus longtemps, j’ai toujours eu de la sympathie pour la formation politique de Jaurès, Blum et Mitterrand. Pour autant, contrairement à certains camarades, j’en ai jamais voulu à Besancenot, Hue, Laguilliers, Mamère ou Taubira pour leur candidature au premier tour de la présidentielle 2002 qui vit l’élimination précoce du candidat Jospin. D’abord parce que dans un système présidentialiste majoritaire comme la Vième République, cela me parait injuste de faire peser sur des candidats marginaux, les dysfonctionnements institutionnels et les problèmes structurels. Ensuite parce que j’ai la conviction que si Lionel Jospin aurait fait un meilleur président que Jacques Chirac, l’échec de sa candidature est avant tout un échec de sa campagne dont il porte en très grande partie la responsabilité. Aujourd’hui, une grande partie de ceux qui, il y a 15 ans, ne voulaient pas se résigner à voter au premier tour pour un candidat qui avait de meilleures chances que leur favori de se retrouver au second tour mais dont ils jugeaient le programme insuffisamment de gauche, reprennent à leur compte l’argument du vote utile en faveur du Jean-Luc Mélenchon, dont la progression dans les sondages est, il est vrai, impressionnante. Il convient également de rappeler que la gauche radicale n’a pas le monopole actuel de l’appel au vote utile, puisque les soutiens d’Emmanuel Macron invoquent également la nécessité de voter utilement notamment pour contrer le FN. Je mentirais en écrivant que je trouve aujourd’hui les arguments des macronistes et de mélenchonistes plus recevables à priori que ceux des sociaux-démocrates de l’époque où la social-démocratie avait le vent en poupe.

Si j’étais français, je voterais Benoit Hamon, vote peu utile si on s’en tient aux sondages et aux perspectives de voir le candidat officiel du PS au second tour de la primaire et je vais m’en expliquer. A titre liminaire, il importe de s’attarder sur les causes de l’absence apparente d’un soutien populaire massif à la candidature de Benoit Hamon. Ce dernier est plombé principalement par la faiblesse du bilan de son camarade de parti François Hollande. Paradoxalement, Emmanuel Macron, davantage inspirateur que Benoit Hamon de la politique menée par François Hollande, ne semble pas être mis à mal dans les sondages. Ensuite, il importe d’évoquer la réalité des trahisons perpétrées du coté la rue de Solferino qui feraient presque passer les intrigues de palais dans la Florence des Medicis pour un sympathique folklore local. La soif maladive de pouvoir mêlée à un arrivisme désinhibé a conduit nombre de responsables du parti socialiste à trahir le candidat qui a remporté la primaire de gauche et surtout les électeurs qui l’ont soutenu. A l’instar de François Hollande qui s’était lui-même désigné comme ennemi de la finance durant la campagne pour en devenir le laquais pendant son quinquennat, Le Drian, Valls , Collomb et les autres se refusent à appliquer la politique majoritairement attendue par les électeurs de leurs partis. Ils voient en Macron, qui quitta le radeau de la méduse qu’était devenu le gouvernement Valls avant d’esquiver le rendez-vous démocratique s’annonçant trop périlleux que constituait la primaire de gauche, une option fiable pour pouvoir continuer leur politique voire pour s’accrocher à leurs mandat. Même s’il ne parait pas très satisfait de leur ralliement, le chouchou des médias semble d’accord avec eux sur la ligne politique à mener. Le problème, qui commence de plus en plus à se voir est que beaucoup trop de gens, parfois très différents, semblent s’accorder avec ce garçon. Bien qu’étant en désaccord avec certaines des propositions (allocation universelle, volonté de voir la France jouer un rôle moteur dans une « Europe » de la défense,..) de Benoît Hamon, j’ai trouvé sa candidature salutaire pour la gauche. Cela fait plusieurs mois que j’ai la conviction que l’élection présidentielle de 2017 est irrémédiablement perdue pour la gauche et que l’enjeu était plutôt de tomber en avril avec les honneurs. Benoit Hamon n’amènera pas cette fois les socialistes à la victoire mais il est sur le point de leur rendre la fierté. Dans une époque politique marquée par les manipulations les plus grossières et l’opportunisme le plus sournois, j’ai apprécié l’attitude de respect des militants et de recherche d’un rassemblement des progressistes qu’a été celle de Benoit Hamon. Je l’ai trouvé admirable de dignité malgré les multiples coup de poignards qui lui ont lacéré le dos ces derniers mois.

Non, je ne soutiens pas Benoit Hamon parce qu’il est sympa ou parce qu’il doit faire face à une bien rude adversité. Je le soutiens notamment parce qu’avec son attachement à l’action collective, valeur spectaculairement déclinante au sein de nos société gangrenées par l’individualisme, il peut ouvrir des perspectives qui semblent aujourd’hui bien éloignées. Car un spectre hante aujourd’hui l’Europe. Il ne s’agit bien évidement pas du spectre du communisme, même si les peurs maccarthystes, que l’on croyait définitivement enfouies dans le subconscient occidental et que les faiseurs d’opinions effrayés par la percée de Mélenchon, attisent frénétiquement ces derniers jours pourraient le faire croire à certains. Il s’agit du spectre du Césarisme. Aux États-Unis, En Hongrie, en Russie ou en Turquie émerge désormais la figure du César en lien direct avec la plèbe. Cette tendance signifie à mes yeux la consécration politique de l’individu-consommateur. Plus d’engagement collectif, plus de corps intermédiaires, plus de contre-pouvoirs, plus de contre-société, l’individu consomme désormais tant des biens qu’un vote dans l’isoloir. La dernière étape du processus long de plusieurs décennies de dépolitisation du peuple et de peopolisation des élites est bien entamé. Le capital vend des smartphones comme il vend des candidats à la présidence, au grand plaisir des citoyens-consommateurs….

Il est évident que Mélenchon, avec qui j’ai également des désaccords, incarne moins un rempart contre cette dérive sociétale lourde que Hamon. C’est pour cela que je fais le choix de Hamon pour le premier tour des présidentielles françaises. On me dira peut être qu’avec la hausse de Mélenchon dans les sondages, c’est une occasion unique pour faire triompher une réelle politique de gauche en France et qu’il faut la saisir. Après avoir été trop souvent déçu de la politique appliquée par la social-démocratie, j’ai un moment fini par penser que la gauche radicale était davantage immunisée contre les renoncements face aux élites dominantes. Et puis, il y a eu Syriza et une nouvelle désillusion…. Quand bien même Mélenchon serait un modèle d’intégrité et de ténacité, il ne semble arithmétiquement pas évident pour lui même président d’arriver à trouver une majorité pour voter ses réformes lors des législatives qui suivront les présidentielles.
Entre la dignité et l’espoir que Hamon peut également ramener, la distance est néanmoins longue et le chemin sera sinueux. Après la présidentielle, il faudra ramener le socialisme français sur une ligne de gauche qui clôture définitivement la parenthèse libérale ouverte par Mitterrand en 83 et en exclure les opportunistes qui on prétendu défendre les classes populaires pour mieux incarner la noblesse d’État. Ce premier tour peut être la premier étape d’une nécessaire refondation de la gauche débarrassée des usurpateurs que l’émergence de Macron a eu au moins le mérite de démasquer, et qui permette à nouveau à la majorité sociale de disposer d’une majorité politique. Dans le cas contraire, les années à venir s’annonceront encore plus sombres pour les travailleurs. Le régime de la cinquième République agonise mais ses convulsions finales pourraient tout aussi bien s’éterniser….surtout si les forces de progrès ne sortent pas du coma dans lequel elles semblent être tombées depuis trop longtemps!

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Trump Président : la rencontre improbable entre Charles Lindbergh et la télé-réalité !

Posted by carlosmilitant sur 10 novembre 2016

Cet humble billet écrit quelques heures après la victoire non annoncée par les instituts de sondage de Donald Trump vise à partager quelques éléments de réflexion personnelle sur la question.

Qui est ce Donald Trump qui vient d’être élu président et qui fait de prime abord penser à un mélange désavantageux entre le personnage de Charles Forster Kane dans Citizen Kane et celui de Steve Stifler dans American Pie? Et surtout de quoi est-il le nom ? Il est avant tout le produit d’une époque marquée par l’essor de la télé-réalité, horreur cathodique se distinguant notamment par la recherche et la valorisation des outrances langagières et les exhibitions médiatiques ! Trump doit en fait une bonne partie de sa notoriété à son passage dans une émission de télé-réalité appelée « The appendice » en 2004. Étonnamment, l’homme qui ira douze ans plus tard chercher les voix de nombre de déclassés et de chômeurs de longue durée s’est fait connaître dans les foyers américains par sa phrase de conclusion des entretiens avec les candidats perdants de “The appendice” : « You are fired !». Il y a quelques mois, Barack Obama avait d’ailleurs tenté de jouer sur le passé de Trump comme acteur et producteur de télé-réalité pour essayer de le discréditer. « Ce n’est pas du divertissement. Ce n’est pas une émission de télé-réalité » scandait alors le président sortant lors d’une conférence de presse. Voulant dissuader les électeurs de tenter l’aventure Trump, Obama assenait « Nous traversons des moments difficiles et (la Maison Blanche), c’est vraiment une fonction sérieuse », …avec le succès fort relatif que l’on sait. Car il faut dire qu’en 2016, le processus de dépolitisation du peuple et de peopolisation de la politique est fort bien avancé, ce qui explique une partie du succès de Trump.

La campagne du candidat Trump fut une suite d’approximations, d’insultes, d’incohérences, et de mensonges, marquée d’une rare violence verbale. Différents cadres du Parti Républicain prirent leurs distances du trublion candidat du Great Old Party. Les minorités (femmes, latinos, musulmans, homosexuels, …) furent durement attaquées par celui qui affirmait vouloir rendre l’Amérique grande à nouveau ! Est-il vraiment viscéralement misogyne et raciste ou ses propos relevaient-ils d’un calcul électoraliste pour faire le plein des voix à l’extrême-droite? A vrai dire, la question n’a pas grand intérêt. En effet, que ce soit par conviction ou par opportunisme, flatter les plus vils préjugés de son électorat, au risque d’attiser la discrimination, le rejet ou la violence envers certains concitoyens est crapuleux. Notons cependant que le fait que son père ait été naguère arrêté lors d’une manifestation du Klux Klux Klan ou que l’ancien dirigeant de cette organisation suprématiste ait soutenu publiquement le candidat Trump n’accrédite pas franchement la thèse que ce dernier soit un parangon de tolérance.

Mais vu ses convictions à tout le moins fluctuantes, il n’est guère évident de faire une analyse précise de l’idéologie de Donald Trump. Sa référence à la doctrine « America First » lui a valu le soutien de nombre d’adeptes de l’isolationnisme, courant de pensée qui eut son heure de gloire dans l’Amérique d’avant Pearl Harbor. Charles Lindbergh, après ses prouesses d’aviateur qui le rendirent mondialement célèbre, s’essaya à la politique, et fut une des figures marquantes de ce mouvement. Coutumier lui aussi de dérapages xénophobes, dans une allocation radiodiffusée, il désignait d’ailleurs en 1941, ceux qui veulent entraîner l’Amérique dans la seconde guerre mondiale : « Qui sont les agitateurs bellicistes ? », à quoi il répondait : « Les Britanniques, les Juifs et l’administration Roosevelt. ». Lindbergh, dont on dénonça également les accointances avec l’extrême-droite, constitue donc une référence pour Trump, tant au niveau de la teneur des idées que de ses provocations stigmatisantes. Petit détail amusant : dans le roman uchronique de Philippe Roth, « le complot de l’Amérique », l’isolationniste Lindbergh est élu président des États-Unis en 1940 face à Roosevelt et le cours de l’histoire de la seconde guerre mondiale s’en trouve changé ! En fait, l’accession de Donald Trump à la présidence des États-Unis constitue une sorte d’anachronisme : c’est un peu la rencontre improbable entre Charles Lindbergh et la télé-réalité !

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Certes, la perspective de voir les USA lancer ou participer à moins d’opérations militaires voire de guerres que dans les trente dernières années peut sembler en soi intéressante. Toutefois, est-ce crédible de penser qu’un individu sans réelle colonne vertébrale idéologique comme Trump pourra imposer un changement de cap en la matière ? Si le président Obama, qui avait tout de même une tout autre consistance idéologique, a dû reculer devant l’opposition de la NRA à toute restriction au port d’armes, malgré sa volonté affichée d’avancer sur le dossier, comment penser que le président Trump pourra imposer sa volonté à certains lobbies et groupes d’intérêt ? Dans son discours de départ de la maison blanche en 1960, le président Eisenhower lui-même mettait déjà en garde : « Dans les conseils du gouvernement, nous devons prendre garde à l’acquisition d’une influence illégitime, qu’elle soit recherchée ou non, par le complexe militaro-industriel. Le risque d’un développement désastreux d’un pouvoir usurpé existe et persistera. ». Croire que Trump aura la constance et l’habilité nécessaire pour changer significativement de cap semble bien naïf.

La volonté exprimée dans le discours qu’il a prononcé au lendemain de sa victoire d’aller vers davantage de multilatéralisme est également sujette à caution. S’il a dit « Nous nous entendrons avec tous les autres pays qui ont la volonté de s’entendre avec nous (…) Nous chercherons des partenariats plutôt que des conflits », il ne faut tout de même pas oublier que lors de sa campagne, l’un des seul enjeux de politique étrangère sur lequel il s’est exprimé clairement est l’accord signé avec l’Iran, un acquis diplomatique de l’administration Obama, qu’il a remis en question avec la véhémence qui le caractérise. Comme pacifiste, on déjà vu mieux !

Ceux qui se réjouissent ou se consolent de son élection parce qu’il s’est profilé comme moins belliciste que sa concurrente Hillary Clinton devront peut-être bien vite déchanter à la confrontation de leurs illusions avec la réalité. A contrario je pense aussi que ceux qui voient en lui le Hitler du XXIème siècle sont dans l’excès. Car pour tenir sa majorité présidentielle au Congrès et au Sénat, il devra donner des gages à l’aile modérée de son parti. Il s’agit plutôt d’un nouvel Orban …le bouton nucléaire en plus! Ainsi pour moi, le danger le plus sérieux et le plus imminent incarné par Trump pour nos démocraties se trouve davantage dans l’encouragement à l’actuelle libération de la parole raciste que son accession au pouvoir suppose. En effet, il sera toujours plus compliqué de combattre les discours xénophobes de quidams s’exprimant dans la rue ou sur les réseaux sociaux, quand il ne feront que reprendre à leur compte la logorrhée verbale haineuse de l’homme le plus puissant du monde !

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Parcours d’intégration(s) et parcours de vie(s)

Posted by carlosmilitant sur 28 septembre 2015

Mon grand-père paternel s’appelait Arturo. Il a quitté l’Espagne, comme beaucoup d’autres au début des années 60, pour essayer de garantir un avenir meilleur à sa famille. Décédé alors qu’on entamait les années 80, je n’ai pas beaucoup de souvenirs de lui. Je sais qu’il a travaillé pendant une vingtaine d’années aux forges de Clabecq. Ce fleuron de la sidérurgie belge a compté en 1975 jusqu’à 6000 travailleurs dont mon grand-père et son fils ainé, mon père. Ce dernier m’a raconté les difficultés des conditions de travail dans un secteur ou étaient actifs beaucoup d’immigrés. Il a aussi évoqué la franche camaraderie qui existait entre travailleurs belges et étrangers dans l’entreprise.

Mon grand-père qui est resté plus de 20 ans en Belgique n’a jamais appris le français. Il connaissait les quelques mots de base nécessaires pour la vie de tous les jours et pour l’exécution des taches qui lui étaient dévolues aux forges. En dehors de son travail, il fréquentait exclusivement les réunions de famille et les cafés espagnols, il n’avait que peu de contact avec la société « belge » de l’époque. Il faut dire qu’en ce temps-la, personne n’aurait pensé à lui reprocher un quelconque manque d’intégration. En effet, le simple fait qu’il accepte de mettre sa force de travail à disposition du Capital belge en faisait quelqu’un de très « intégré ». Personne ne trouvait utile de lui faire apprendre la langue et les fondements de la vie en société chez « nous » puisque de par sa place dans l’appareil de production il était suffisamment utile au déploiement de notre économie.

forges de Clabeq

Y

En 2015, les forges de Clabecq et beaucoup d’autres usines ont fermé. Le capitalisme s’est financiarisé. La main d’œuvre lui est moins indispensable qu’une armée de réserve. Les conquêtes sociales des travailleurs sont remises en question bien que les profits augmentent. Le chantage à la délocalisation suffit généralement à faire accepter les reculs du Travail face au Capital. Les perspectives paraissent bien incertaines pour de nombreuses familles. Alors, beaucoup ont des craintes pour leur futur et parfois cela se transforme en peur de l’autre. Les solidarités qui pouvaient s’établir autour d’un laminoir ou d’une chaine de montage relève souvent de l’histoire ancienne ou de la mythologie familiale. Lorsque l’individualisme et la compétitivité deviennent des valeurs dominantes, l’autre devient un concurrent voire un ennemi à abattre pour survivre dans la jungle de la vie. C’est dans ce contexte, que les débats sur l’intégration ont été posés ces dernières années.

La dénonciation du manque ou de l’échec de l’intégration est devenu un fond de commerce électoral pour certains. D’autres, plus altruistes, veulent sans doute donner le maximum de chances aux primo-arrivants de pouvoir s’en sortir en Belgique ou même d’être mieux acceptés par ceux qui habitent déjà sur place. Tous se retrouvent sur le fait qu’il faut, en conformité avec les exigences de compétitivité inhérente à notre société, faire des efforts pour s’intégrer. Je me rappelle du visage de mon grand-père, j’imagine donc aisément sa tête si on lui avait dit qu’il devait obligatoirement faire l’effort de suivre un parcours d’intégration avant de pouvoir avoir la chance d’aller tous les jours admirer la magnifique vue du haut fourneau de Clabecq. En ces années de plein emploi, il est vrai que nul n’y aurait pensé.

Certes, je pense que c’est une bonne chose d’offrir la possibilité à tout ceux qui arrivent sur notre territoire d’apprendre l’une des langues nationales. Je suis plus dubitatif sur l’apprentissage des fondements de la vie en société chez « nous ». D’abord parce au vu de certains propos ou de certaines pratiques, des personnes bien installées chez « nous » parfois depuis des générations auraient sans doute également besoin d’apprendre ou de réapprendre certaines choses sur la vie en société. Ensuite parce que cela présuppose pour certains une forme d’arriération culturelle dans le chef des migrants. Cela pourrait s’assimiler à du paternalisme à l’instar de ce qui est prévu dans la loi du 19 mars 2004, visant à octroyer le droit de vote aux élections communales à des étrangers non européens. Ces derniers doivent signer une déclaration dans laquelle ils s’engagent à respecter la Constitution, les lois du peuple belge et la Convention de sauvegarde des Droits de l’Homme et des Libertés fondamentales. Si l’exigence n’est pas illégitime, le fait qu’elle ne s’applique pas aux autres électeurs est à tout le moins interpellant. Enfin, sur le caractère obligatoire du parcours d’intégration, il y aussi matière à débat. L’obligation est parfois une nécessité pour garantir le bien commun. Parfois c’est juste un moyen de montrer une certaine fermeté. On pourrait y avoir recours, vu la teneur des débat sur l’intégration, davantage pour montrer qu’on est ferme sur ces questions que pour favoriser le bien être des intéressés. Au-delà des positions de principes, si l’on veut vraiment une société inclusive et offrant des perspectives à tout le monde d’y trouver sa place alors c’est d’autres obligations qui devraient être concrétisées. On pourrait obliger les employeurs à mettre fin à la discrimination à l’embauche et à engager des jeunes issus de quartiers populaires, ou l’État à offrir un emploi décent avant de prononcer une exclusion des allocations de chômage. Nul doute qu’une vrai politique de mise à l’emploi a toujours été et reste un puissant vecteur d’intégration des travailleurs dans l’économie et donc dans la société. Se contenter d’imposer un parcours d’intégration obligatoire sans prendre ce genre de dispositions contraignantes n’aura qu’un effet dérisoire. Hélas, il est toujours plus facile d’être fort avec les faibles et faible avec les forts.

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A Aylan (et à tous ces petits anges qui meurent en tentant d’échapper à leur enfer)

Posted by carlosmilitant sur 4 septembre 2015

Petit, j’aurais tant voulu avoir une autre image de toi que la photo de ton corps de petit garçon sans vie gisant sur une plage méditerranéenne. J’ai un fils à peine moins âgé que toi. Dans un monde moins horrible, tu aurais peut être pu le connaître, jouer avec lui à la crèche puis, plus tard, à l’école. J’aurais pu te voir sourire après le boulot lorsque ta mère serait venue te chercher et qu’on se serait croisés tous les quatre devant l’établissement. Je t’aurais peut être aussi vu pleurer d’une de ses colères d’enfant qui nous rappellent à nous, adultes, que vous avez aussi vos attentes, vos envies.

Petit, nous ne nous rencontrerons jamais. Je ne saurai jamais rien de tes attentes ni de tes envies d’enfant. Je peux par contre imaginer celles de ta famille. Elle a voulu quitter l’enfer qu’est devenu ton beau pays pour te donner les meilleures chances de préserver ta courte existence. Chez toi, les adultes sont méchants. Ta famille voulait sûrement te protéger du satrape sanguinaire et de la secte criminelle qui font beaucoup de mal à des milliers d’enfants comme toi. En général, les parents sont prêts à tout faire pour protéger leurs enfants. Même à prendre le risque de traverser une grande mer très dangereuse alors que ceux qui habitent de l’autre coté voudraient tant que vous restiez chez vous.

Petit, ici aussi, il y a des méchants adultes. Ils expliquent que leur vie sera moins belle si ta famille et toi arrivez à sauver la votre. Ils disent qu’ils ne veulent pas te voir ni toi ni ton grand frère aller dans l’école de leurs enfants, jouer dans leurs rues, recevoir des cadeaux à leurs Saint-Nicolas. Tu ne pouvais sans doute pas t’imaginer cela au moment de monter, plein d’espoir et rassuré par les attentions de ta famille, dans l’embarcation de fortune qui restera le lieu ou tu as peut être pu jouer une dernière fois avec ton grand frère sans trop penser à la méchanceté des adultes.

Petit, ici aussi nous avons connu la guerre. C’était il y a bien longtemps. Je sais que c’est pas évident à comprendre pour toi qui n’a jamais connu que la guerre. A cette époque, des familles d’ici ont quitté leurs maisons, leurs quartiers, leurs villages. Ces gens ont pu parfois être accueillis par d’autres gens très gentils. Je suis très gêné de te le dire mais je pense que beaucoup d’adultes l’ont oublié. Je suis encore plus honteux de te dire qu’avant cette guerre, il y avait aussi des gens très bêtes qui ne voulaient pas accueillir des familles avec des enfants comme toi qui fuyaient leur pays ou il y avait un adulte très méchant qui voulait faire beaucoup de mal aux enfants. La vie de ces enfants vie a été parfois encore plus courte que la tienne. Et après, quand les adultes pas méchants ont compris qu’ils auraient sans doute pu en faire plus pour ces enfants, ils ont même dit « plus jamais ça ».

Petit, en plus des méchants adultes qui sont en fait pas si nombreux, nous avons vraiment beaucoup d’adultes qui ont peur. Même pas une peur lancinante de la violence meurtrière comme celle que toi tu as du subir pendant toute ta courte vie. Cette peur à laquelle ta famille a voulu te soustraire en cherchant à te faire venir ici. Quelle est cette peur ? J’ai vraiment honte de te le dire. En fait, ils ont peur qu’en venant chez eux pour sauver ta vie et en y restant si tu te sens bien, ce soit un peu moins « chez eux ». Cela doit être très difficile à comprendre pour toi. Tu voulais juste pouvoir grandir entouré de l’amour de ta famille, te faire des nouveaux amis, apprendre des choses à l’école, oublier peu à peu le bruit des bombardements ou les cris des assassins qui terrorisent ton pays. Tu ne voulais certainement pas faire peur, tu ne voulais sûrement pas que les gens d’ici se sentent moins chez eux. Alors pourquoi ont-ils peur ? Je vais te laisser reposer en te confiant un secret : C’est aussi très difficile à comprendre pour moi.

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Faillite de l’européisme de gauche et devoir de solidarité avec la résistance grecque!

Posted by carlosmilitant sur 17 juillet 2015

Avant de développer la réflexion à venir, il convient de faire une petite précision. Les lignes qui suivent n’engagent que leur auteur et ne sauraient en aucun cas être assimilables à une prise de position des structures auxquelles il est, de près ou de loin, lié.

L’accord engrangé hier entre la Grèce et les instances européennes constituent une défaite cuisante pour la gauche « européiste ». Il induit de manière évidente que la mise en place de politiques progressistes est définitivement peu compatible avec le maintien de pays qui rencontrent des difficultés économiques sous la tutelle de nations puissantes auxquels le rapport de force en Europe est plus que favorable. Les pays du sud de la zone Euro n’ont désormais que l’austérité comme perspective à court moyen et peut-être long terme. On ne peut raisonnablement attendre des réels décideurs des politiques au niveau européen une inflexion dans les choix socio-économiques qui sont pris et qui continueront d’être pris. Des économistes dont l’expertise est internationalement reconnue comme Paul Krugman, Joseph Stiglitz et même Paul De Grauwe auront beau s’évertuer à expliquer dans toutes les langues et avec tous les développements possibles que les mesures imposées à la Grèce sont aberrantes et contre-productives, les voix qui portent au sein de l’Union Européenne ne cesseront de les défendre par dogmatisme ou pour des raisons liées à leurs enjeux nationaux. Forts de cette constatation, il convient de tirer les enseignements et de recalibrer les stratégies visant à défendre les intérêts des travailleurs et à rechercher de nouvelles conquêtes sociales. Des fers néocoloniaux ont bel et bien été rivés aux représentants des pays du sud de la zone Euro.

Que faire ? Il est impératif d’élargir le cadre de réflexion aujourd’hui trop étriqué. L’Europe a trop longtemps été considéré comme naturellement porteuse de progrès pour ses peuples. Il faut aujourd’hui avoir la lucidité de dire que ni l’Europe, ni même les états-nations d’ailleurs ne charrient par la simple grâce de leurs existences ou consolidations, des possibilités concrètes d’émancipation sociale et d’amélioration des conditions de vie de la population. Non, ils constituent des cadres dans lesquels les luttes sociales sont menées et que l’on peut remplir de défaites ou de victoires. Trop souvent l’aboutissement de la construction européenne a suscité des espoirs sans doute vains de lendemains qui chantent qui ont justifié moult renoncements. Considérer que le maintien à tout prix de la Grèce dans la zone Euro est bénéfique pour le peuple grec est une erreur d’analyse majeure. Il ne serait néanmoins pas beaucoup plus pertinent de déduire que la sortie de la Grèce de la zone euro signifierait une espèce de grand soir intrinsèquement porteur de transformation sociale dans ce pays. Toutefois, il convient tout de même de réfléchir plus sérieusement que cela a été fait jusqu’à présent aux conséquences mais aussi aux modalités d’une telle entreprise. Un plan B bien construit allant dans ce sens est sans doute quelque chose qui aurait été de nature à renforcer Alexis Tsipras dans les négociations marathoniennes qui viennent de se clôturer. Bien sur, Syriza avait fait campagne en disant que son arrivée au pouvoir ne remettrait aucunement en question le maintien de la Grèce dans la zone Euro mais vu comment le gouvernement grec vient d’être contraint de s’asseoir sur son programme électoral, le problème n’est pas nécessairement incontournable. Même s’il semble que le peuple grec soit attaché au maintien du pays dans la zone Euro, il est souhaitable qu’il puisse être correctement informé de tous les tenants et aboutissants pour pouvoir faire des choix en connaissance de cause. Il est dommage que le gouvernement de Syriza n’ait jamais envisagé sérieusement d’ouvrir un débat public sur la question. Rien ne sert de courir loin devant la conscience des masses mais il faut tout de même partir à point dans la course de la conscientisation.

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Être ou ne pas être Charlie, est-ce vraiment la question ?

Posted by carlosmilitant sur 10 mars 2015

Le 7 Janvier dernier, une partie de l’équipe de l’hebdomadaire « Charlie hebdo » tombait sous les balles de fous furieux se prétendant guidés par leur foi. Cette attaque et les assassinats de citoyens juifs français dans la foulée par un autre dégénéré partageant la même ferveur meurtrière que ceux qui ont perpétré la tuerie dans les locaux de Charlie Hebdo ont suscité une émotion et une indignation bien légitimes. Toutefois, avec à présent un peu de recul, il serait opportun de s’interroger sur les conséquences de ces événements tragiques. En France, la mobilisation de masse pour rendre hommage aux victimes des attentats est en train de déboucher sur une dynamique délétère qui instaure insidieusement une espèce de culte officiel autour de « Charlie ». Étrange paradoxe que de voir des Wolinski et des Cabu, qui dénoncèrent toute leur vie l’ordre établi, devenir après leur mort des icônes célébrées par le pouvoir. Le cri de ralliement « je suis Charlie » lancé par un internaute pour honorer la mémoire des victimes du 7 janvier peu après est presque devenue un slogan officiel de la République. Alors que les citoyens se sont aussi mobilisés pour la liberté d’expression, il n’est aujourd’hui guère évident de refuser d’être « Charlie » et même la parole des enfants n’est plus totalement libre1. Il y a malheureusement fort à parier que les autorités françaises ne s’arrêteront pas de sitôt de surfer sur la vague « Charlie » qui rapporte un certain regain de popularité2.

Le gouvernement belge n’est pas en reste pour ce qui est de l’instrumentalisation des peurs liées au terrorisme djihadiste. L’armée belge est désormais chargée de sécuriser certains lieux. Le recours à l’armée était déjà prévu dans l’accord de gouvernement mais les événements de Paris, ainsi que la fusillade de Verviers quelques jours plus tard au cours de laquelle deux terroristes présumés ont été abattus par la police, ont été l’occasion de mettre en place la mesure. Tout les prétextes semblent bon aujourd’hui pour faire de l’agitation sécuritaire pour montrer que l’exécutif Michel a compris l’ampleur de la menace terroriste contre notre pays. Même le départ en vacances des deux poids lourds de l’actuel majorité fédérale (Le Premier Ministre et le bourgmestre d’Anvers) devient désormais un enjeu de sécurité nationale3. Certes, les experts autoproclamés du terrorisme argueront que la menace est sérieuse et qu’il ne faut pas faire de l’angélisme. Mais l’angélisme n’est-ce pas aussi de considérer que ceux qui sont prêts à violer et à décapiter vont reconsidérer leurs funestes desseins car il pourraient être privés de la nationalité belge, être radiés des communes où ils sont domiciliés ou se voir retirer leurs passeports ? Poser la question c’est y répondre. L’émotion ne doit pas guider la politique, l’émocratie ne peut supplanter la démocratie.

Il y a pourtant des choses à faire pour réduire les risques de voir des horreurs comme celles évoquées dans le présent article. Les décideurs politiques ont une responsabilité en la matière, il ne peuvent se contenter de rodomontades martiales  On sait que des choix économiques peuvent générer une exclusion sociale, terreau favorable au repli identitaire et au rejet, voire à la haine de l’autre. Il y a un enjeu fondamental à promouvoir de l’insertion pleine et entière au sein de la société de l’ensemble. La question qu’il faut se poser est moins de savoir si l’on est ou pas Charlie que comment faire en sorte que demain athées, chrétiens, juifs et musulmans puissent non seulement vivre ensemble, mais construire collectivement une société incluante ou chacun indépendamment de sa culture ou de sa croyance religieuse et philosophique puisse vivre en sécurité et trouver des perspectives égales d’émancipation sociale.

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Grève politique et désinformation chronique

Posted by carlosmilitant sur 16 décembre 2014

La tournure que prend le débat sur l’organisation des actions syndicales et leur impact me laisse à tout le moins perplexe. La mobilisation sans précédent portée par les organisations représentatives des travailleurs est sans cesse ravalée par le gouvernement, le patronat et la majorité des médias qui relaient complaisamment cette option au rang de « grève politique ». Grève politique ? Kesako ? Les syndicats feraient-ils de la politique ? Même Marc Goblet, le Secrétaire Général de la FGTB, tancé par le monomaniaque nouveau questionnement médiatique s’en défend1 ! Au risque de surprendre, je suis en désaccord avec lui sur la question. Oui la grève comme moyen d’établir un rapport de force plus favorable aux travailleurs face à un gouvernement qui a pris le parti d’agir contre leurs intérêts est politique. La communication d’un parti de la majorité sur le fait qu’il « n’y a pas d’alternative » à leur politique est politique2. Le propos d’un gouverneur de la banque nationale qui explique que ceux qui protestent contre l’austérité « n’en ont rien à foutre de l’avenir de leurs enfants »,,pour peu châtié qu’il soit n’en est pas moins politique3. La démarche de la Fédération des Entreprises de Belgique qui fait appel aux responsables politiques et menace de recourir à la police pour limiter l’exercice du droit de grève est éminemment politique4. Et même la publication d’un texte d’un contributeur externe dénonçant la haine du discours syndical en omettant de mentionner le contexte politique dans lequel le conflit social s’inscrit est politique5. Le fait pour les travailleurs de s’organiser pour remettre en question une politique est donc bien évidemment un acte politique. Le fait est que l’on entretient savamment la confusion entre ce qui relève de la partisanerie et ce qui est politique. Pour aller plus loin dans le raisonnement c’est un peu comme si l’on souhaitait faire passer la lutte des classes pour une querelle politicienne.

Sur les liens entre la FGTB et le PS

Le Gouvernement Michel, le patronat et les médias qui leur sont proches mettent en avant les liens entre la FGTB et le PS. Du coté de ceux qui s’opposent aux actions syndicales, ils sont pourtant peu nombreux à mettre en exergue la proximité historique entre le CD&V et l’ACV ou entre le MR et la CGSLB. Étonnant quand on sait que la mobilisation est organisée par l’ensemble du front commun syndical et pas par la seule FGTB… Un oubli sans doute ! Pour le reste, il convient de rappeler que la FGTB n’a pas attendu l’éviction du PS pour organiser des actions. Ainsi le 30 janvier 2012, une grève générale a été organisée contre les mesures prises par le gouvernement du Premier Ministre… PS Elio Di Rupo 6. Dans mon souvenir, à l’époque, nul ne posait la question du caractère politique de la grève. Le 21 février et le 6 juin 2013, des manifestations ont été également organisées par le front commun syndical. Je suis d’autant plus à l’aise que bien que militant PS, j’étais présent à ces actions. Point de schizophrénie dans mon chef mais une détermination sincère à m’opposer aux mesures d’austérité du gouvernement tripartite de l’époque. Tout comme aujourd’hui, il ne s’agissait pas pour les organisations syndicales de faire tomber un gouvernement mais bien de mettre la pression pour lui faire mener une autre politique. Leur refuser ce rôle c’est considérer que la démocratie se limite à aller voter tout les cinq ans et à laisser les dirigeants faire ce qu’ils veulent jusqu’aux prochaines élections.

La confrontation comme seul horizon ?

En une du « Soir » du 16 décembre 2014, le lendemain de la grève générale, les enjeux sont pointés avec justesse. Pour sortir de l’impasse, il faudrait avancer sur 3 dossiers : les pensions, le « tax shift » et le saut d’index. Sauf qu’au moins deux partis du gouvernement Michel, vont selon toute vraisemblance, refuser toute concession aux syndicats. La NV-A considère qu’il faut briser les syndicats pour défendre les intérêts du VOKA considéré par De Wever comme son « patron »7 . Même l’Open VLD, devenu un nain politique depuis que la NV-A est devenue le premier parti de Flandre se veut très intransigeant. Alexander De Croo a fermé clairement la porte à une taxation du capital8 et donc à un tax shift, de peur sans doute d’être considéré comme trop modéré par l’électorat droitier flamand. Kris Peeters aura beau encore se fâcher contre ses deux partenaires flamands de gouvernement fédéral comme il vient de le faire9, il y a fort à parier qu’ils ne lui faciliteront pas son travail de conciliation sociale. Il est clair que De Wever préférera encore mettre à mal la stabilité de l’attelage gouvernemental que de renoncer à l’épreuve de force avec les syndicats qu’il voit sans doute comme un moyen d’affermir son leadership sur la droite flamande. Dès lors, il y a fort à parier que les syndicats n’auront d’autre choix que de continuer à se mobiliser. La grève générale est certes un moyen d’action qui ne suscite pas une adhésion unanime au sein de la société. Mais que peuvent-ils faire d’autre quand la concertation sociale est à ce point torpillée ? Quelqu’un croit-il sérieusement que c’est les incantations polies de certains éditocrates à Charles Michel pour qu’il reprenne main sur ce dossier qui feront reculer De Wever, De Croo et les autres ?

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Ce n’est qu’un début, continuons le combat !

Posted by carlosmilitant sur 28 mai 2014

Ce dimanche, dans divers isoloirs de la circonscription de Bruxelles, 2694 électeurs ont coché mon nom sur la liste PS. Il n’est pas si aisé d’appréhender toutes les raisons qui peuvent motiver le choix pour différents individus de soutenir tel(le) ou tel(le) candidat(e). Dans mon cas, on peut faire l’hypothèse que le soutien à une personnalité appréci…ée, qui fonde souvent le vote nominatif, se double d’une adhésion à une sensibilité politique. Je n’ai jamais caché mes convictions « à la gauche de la gauche ». J’ai toujours assumé (et même parfois publiquement) mes convergences et mes divergences avec les décisions d’un parti s’inscrivant dans une logique institutionnelle où la recherche du compromis joue un rôle moteur. Je ne peux faire abstraction de cette réalité mais je considère qu’il est possible de rester dans le cadre tout en y donnant des impulsions. C’est ce que j’essaie humblement de faire depuis que je suis au PS. Après m’être confronté à une dynamique de campagne et à la sanction des urnes, je suis satisfait de mon score et honoré de la confiance reçue d’un certain nombre de citoyens. Je voudrais leur dire que si je les remercie bien évidemment de leur vote, c’est maintenant plus que jamais que j’ai besoin de leur soutien. Car il faudra être mobilisés pour ne pas fléchir devant la pensée dominante qui ne relâchera pas la pression sur le Parti Socialiste pour qu’il se montre un peu plus accommodant par rapport aux attentes des élites. La saillie de l’éditocrate Béatrice Delvaux aujourd’hui dans « Le Soir » est révélatrice. Elle encourage le PS à ne pas se « gauchir », avec le mépris envers le peuple qui caractérise certains leaders d’opinion. Car les classes populaires, à tout le moins de la Belgique francophone, attendent autre chose du PS que des politiques d’inspiration blairiste ou vallsienne. Il est également essentiel de prendre la mesure du signal d’une partie de l’électorat qui, pour la première fois depuis 30 ans, a envoyé des députés (néo ?-)communistes dans différents hémicycles parlementaires. Se refuser à le voir serait une faute majeure à court terme et ni plus ni moins qu’un suicide politique à moyen terme. Aujourd’hui légitimé par les urnes dans ma détermination et après avoir poussé la liste vers la gauche de la dernière place, je m’engage à maintenir la poussée vers la gauche à l’intérieur du parti. Je n’ai pas fait de promesses durant la campagne mais celle-ci bien qu’arrivant après l’élection, je suis particulièrement décidé à la tenir.

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Ne déracinons pas l’Olivier ce dimanche !

Posted by carlosmilitant sur 23 mai 2014

Je prends la plume pour écrire ce qui devrait être mon dernier article avant le triple scrutin de dimanche prochain. J’aurais pu faire de longs développements pour expliquer à quel point c’est important de soutenir le Parti Socialiste, la formation qui peut le plus défendre la sécurité sociale au niveau du gouvernement fédéral. J’aurais pu insister sur la pertinence de soutenir votre serviteur, dernier suppléant à la Chambre des représentants dans une perspective de renforcement de la gauche du PS. Bien sûr, je continue à faire campagne pour le PS en général et pour moi en particulier car les idéaux et la détermination qui m’animent sont plus forts que jamais.

 

Toutefois, à quelques heures du début de la journée électorale, il me paraît important de partager une réflexion plus globale. Il me semble qu’il y a un enjeu à soutenir également les autres composantes de la majorité dite « Olivier ». Bien que j’aie des divergences profondes avec Ecolo et le CDH, j’ai la conviction que dans le contexte politique belge, l’Olivier est la majorité la plus à gauche (ou la moins à droite si on se place très à gauche de l’échiquier politique) possible. C’est une réalité que les progressistes ne peuvent se permettre d’oublier le 25 mai. Il ne s’agit pas ici de faire un appel au vote « utile » car tous les votes ont leur utilité en ce compris les votes nuls ou blancs qui finalement expriment un degré d’inadéquation de l’offre politique par rapport aux attentes de certains électeurs mais bien d’anticiper sur les conséquences du scrutin à venir.

 

Il est vraisemblable que les PS-bashers les plus acharnés objecteront avec virulence que j’ai beau appeler à soutenir des majorités « Olivier » mais qu’en fait le PS ne rêve que d’alliances violettes. C’est de bonne guerre mais on ne peut feindre d’ignorer que depuis 10 ans à Bruxelles et depuis cinq ans en Wallonie et à la Communauté française les libéraux sont exclus des exécutifs. À Bruxelles, le Ministre-Président sortant Rudi Vervoort a clairement privilégié, au cas où ce serait arithmétiquement possible, la reconduction de l’Olivier[1]. Rudy Demotte semble également enclin à poursuivre le partenariat gouvernemental à la Région wallonne et à la Fédération Wallonie-Bruxelles avec le CDH et Ecolo[2]. Certes, les libéraux sont présents au gouvernement fédéral mais il faut être de bon compte, dans une Flandre dominée par l’ultra-droitière N-VA, il n’est malheureusement pas aisé d’écarter l’open-VLD. Groen semble en bonne forme dans le nord du pays ce qui permet tout de même de garder un petit espoir de planter un Olivier au fédéral même si un gouvernement fédéral débarrassé des libéraux et sans les nationalistes ne semble pas être aujourd’hui l’option la plus crédible.

 

On peut critiquer les bilans des tripartites PS-CDH-Ecolo dans les régions et à la communauté. On peut dire que les politiques impulsées n’étaient pas assez à gauche. Mais qui peut croire sérieusement que l’arrivée au pouvoir du MR ou même du FDF peut aider à mener des politiques progressistes ? J’encourage d’ailleurs ceux qui trouvent des accents sociaux dans le discours du FDF à relire l’interview de l’un de ses membres les plus éminents, Bernard Clerfayt qui critique les choix stratégiques de l’Olivier qu’il juge parfois « gauchistes ou gauchisants[3] ». Pour conclure, il me semble clair que la reconduction des majorités « Olivier » ne suffit pas en soi pour mener des politiques très marquées à gauche. Non, il est impératif que les organisations syndicales et l’associatif progressiste continuent au-delà du 25 mai à rappeler avec insistance aux partis politiques concernés qu’ils sont (ou qu’ils devraient être) aussi leurs relais politiques. Évidemment, il faudra, comme le dit la formule consacrée, respecter le choix de l’électeur. Ce qui n’est aucunement incompatible avec le fait d’encourager ceux qui veulent que des politiques gouvernementales de gauche soient effectivement menées à se mobiliser pour les élections mais aussi à rester mobilisés le temps de la législature.

 

[1] http://www.rtbf.be/info/belgique/detail_rudi-vervoort-ps-privilegie-la-reconduction-de-l-olivier-a-bruxelles?id=8264179

[2] http://www.levif.be/info/actualite/belgique/rudy-demotte-l-olivier-peut-resister-aux-pires-secheresses-budgetaires/article-4000624525730.htm
[3] http://www.dhnet.be/actu/belgique/clerfayt-la-region-bruxelloise-a-elle-meme-organise-son-impuissance-535a7c493570ed9af1ded209

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Soutien de Philippe Moureaux

Posted by carlosmilitant sur 17 mai 2014

Depuis que je suis en âge de m’intéresser à la politique, j’ai pu souvent admirer son action porteuse et depuis quelques années, les circonstances de la vie ont fait que j’ai eu la chance de le côtoyer personnellement. Aujourd’hui, il me fait l’honneur d’apporter publiquement son soutien à ma candidature.

« Carlos Crespo a choisi la gauche militante dèPMs l’université. Cet intellectuel issu de l’immigration espagnole, est un passionné de lecture. Il connaît les grands classiques du combat pour l’égalité mais il ne se confine pas dans la contemplation du juste, il s’implique dans les combats du quotidien avec détermination. Certes, les esprits chagrins et les petits arrivistes n’apprécient pas toujours son langage direct. Il a accepté d’occuper une place symbolique sur la liste du PS. Il fait une campagne discrète mais sincère. Chaque voix qu’il récoltera sera un signe tangible de ralliement à une gauche qui ne se soumet pas à la pression néolibérale. »

Philippe Moureaux, Ministre d’État.

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